Incontournable pour vendre ou louer, le DPE, Diagnostic de performance énergétique classe les logements de A à G selon leur consommation d’énergie et leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais derrière cette façade de fiabilité, certains diagnostics sont biaisés, manipulés ou bâclés.
Le ministère de la Transition écologique estime que 1,7 % des DPE seraient frauduleux, soit près de 70 000 cas par an, selon les données communiquées en mars 2025 par la ministre du Logement, Valérie Létard.
Des dérives inquiétantes
Les DPE sont réalisés par des diagnostiqueurs immobiliers certifiés, formés et accrédités par un organisme agréé. Chaque diagnostic, enregistré dans la base nationale de l’ADEME (Agence de la transition écologique), possède un numéro unique garantissant son authenticité. Depuis 2021, le DPE est devenu opposable : un acheteur ou un locataire peut saisir la justice en cas d’erreur.
Mais face à une demande en forte hausse, plus de 4 millions de DPE réalisés chaque année, certains professionnels enchaînent les visites, parfois au détriment de la qualité.
Surestimation des performances, diagnostics “de complaisance” expédiés à distance, logiciels mal paramétrés, non-transmission à l’ADEME : certaines évaluations échappent totalement à la base officielle. Ces pratiques permettent à des logements énergivores d’obtenir de meilleures notes, contournant ainsi les interdictions de location et faussant les prix du marché. Ces faux DPE, parfois établis par des diagnostiqueurs peu scrupuleux, exposent leurs auteurs à des sanctions lourdes.
Le gouvernement contre-attaque
Face à ces dérives, le gouvernement a lancé une offensive anti-fraude. Depuis l’été 2025, plusieurs mesures fortes ont été adoptées :
- Un plafond de 1 000 DPE par an et par diagnostiqueur. Entré en vigueur le 1ᵉʳ octobre 2025, cet arrêté limite la production “à la chaîne” et renforce la qualité des contrôles.
- Un QR code obligatoire sur chaque DPE. Dès septembre 2025, chaque diagnostic devra comporter un QR code permettant à tout acquéreur ou locataire de vérifier son authenticité sur la base de l’ADEME.
- Des contrôles et sanctions renforcés. Des algorithmes de détection d’anomalies et des audits ciblés sont déployés. Les diagnostiqueurs fautifs risquent la suspension de leur certification ou des poursuites pénales.
- Des exigences de formation plus strictes. Un arrêté publié en juin 2025 renforce la certification : compétences techniques, éthique et formation continue deviennent obligatoires.
DPE et MaPrimeRénov’ : un duo clé
Le DPE conditionne désormais l’accès à la plupart des aides à la rénovation, dont MaPrimeRénov’. Pour en bénéficier, le logement doit avoir au moins 15 ans et les travaux doivent permettre un gain de deux classes énergétiques minimum, réalisés par un professionnel RGE (Reconnu garant de l’environnement). À partir de 2026-2027, les critères seront encore resserrés pour favoriser les rénovations globales et aligner les aides sur les résultats réels du DPE.
Depuis le 1er juillet 2024, les seuils du DPE ont été ajustés pour une évaluation plus équitable des petits logements, souvent pénalisés par l’ancien calcul en raison de leur consommation d’eau chaude rapportée au m².
Un enjeu économique et juridique majeur
Le DPE n’est plus un simple papier administratif : il influence directement la valeur d’un bien et son droit à la location. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, les logements classés G sont interdits à la location. Les classes F suivront en 2028, puis E en 2034.
Les programmes neufs n’y échappent pas. Pour les achats sur plan, le DPE neuf doit être réalisé par le maître d’ouvrage avant livraison et reste valable dix ans.
Vers un diagnostic plus fiable et plus transparent
Entre enjeux écologiques, financiers et lutte contre la fraude, le DPE s’impose comme un outil central de la transition énergétique. L’État espère redonner au DPE toute sa crédibilité, pour qu’il redevienne un repère fiable du marché immobilier et un levier concret de la rénovation énergétique.
À retenir :
- 1,7 % des DPE sont estimés frauduleux, soit 70 000 cas par an.
- 1 000 DPE maximum par diagnostiqueur et par an dès octobre 2025.
- QR code obligatoire en septembre 2025.
- DPE opposable depuis 2021.
- Logements G interdits à la location depuis 2025.
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