Il y a des lieux qui semblent avoir toujours existé. Port-Grimaud, perle de la côte d’Azur en fait partie. Pourtant, cette cité lacustre située au fond du Golfe de Saint-Tropez n’a vu le jour qu’au coeur des années 1960, portée par la vision d’un architecte pas comme les autres : François Spoerry.
Son ambition? Fusionner la mer et la terre, créer un village où chaque maison reflèterait son identité, les pieds dans l’eau et où l’on pourrait amarrer son bateau au seuil de sa porte.
L’origine d’un rêve
François Spoerry était un homme de mer. Avant la Seconde Guerre mondiale, il sillonne les flots sur son bateau le Colibri, de port en port, d’Italie en Grèce. Il s’imprègne des villages colorés et des ruelles bordées de canaux. C’est là que naît son rêve, bâtir un lieu où la mer et la terre se rejoindraient harmonieusement.
En 1962, son oncle lui parle d’un terrain marécageux, laissé à l’abandon depuis sept ans. Il décide alors, le même jour, de signer un compromis pour 30 hectares, le point de départ d’une aventure exceptionnelle.
Construire la cité sur l’eau
Les débuts sont difficiles.
Grâce au soutien de son entourage familial et amical, il parvient à démarrer le chantier. Le budget limité ne permet pas encore d’ouvrir sur la mer. L’architecte commence donc par la rivière de la Giscle, avant de relier plus tard la cité à la Méditerrannée.
Pour séduire les investisseurs, il imagine une scène, des bateaux déplacés par grue et déposées devant les futures maisons, comme si le rêve existait déjà. Le pari fonctionne, les acheteurs affluent, et 365 maisons par an sortent de terre.
Dans une époque marquée par les toits plats et les façades de béton, Spoerry ose tout le contraire. Il s’inspire des ports grecs et italiens, des villages provençaux, et joue avec les formes, les couleurs et la lumière.
Chaque maison est unique, volets, balcons, teintes, rien n’est standardisé. Il veut un village vivant, pas une station balnéaire figée.
Les habitations sont étroites, quatre mètres de large, comme les bateaux qu’elles bordent.
Pour lui, la maison n’est qu’une annexe du navire, un refuge pour cuisiner, bricoler ou ranger ses affaires.
Visionnaire et économe, il récupère partout dans la région, tuiles, lampadaires, bancs, poutres etc. Ce recyclage avant l’heure donne à Port Grimaud son charme patiné et son authenticité.
Le succès d’un pari fou
Très vite, l’idée séduit.
Spoerry revoit ses plans. Il ajoute routes, parkings et jardins. Les prix flambent, les premières maisons, vendues entre 70 000 et 100 000 francs, valent, pour certaines, aujourd’hui plusieurs millions.
Il agrandit peu à peu le domaine passant de 30 à 90 hectares.
Le succès dépasse les frontières. Son concept inspire des projets jusqu’en Turquie, Louisiane, New York, Mexique, Japon ou Liban.
Aujourd’hui, Port Grimaud c’est :
- 300 habitants à l’année
- 18 000 en été
- Et plus d’un million de visiteurs par an.
La cité génère plus de 200 emplois permanents.
Derrière ses façades colorées se cachent des trésors d’architecture et de fantaisie :
- Des trompe-l’oeil peints sur les murs
- Les 25 vitraux de Vasarely dans l’église, jouant avec la lumière du soleil
- Une mosaïque de 200 000 galets sous les arcades du Marché
- Un pont en bois réservé aux piétons
Terre de célébrités
Port Grimaud a su séduire les artistes les plus célèbres : Alain Souchon, Laurent Voulzy, Brigitte Bardot, Eddie Barclay, Gilbert Bécaud et bien d’autres…
Aujourd’hui encore, Port Grimaud, surnommée « La petite Venise provençale » garde cette aura particulière. La cité reste une oeuvre d’architecte habitée, vivante et poétique où il fait bon se promener, flâner, un lieu où chaque reflet d’eau raconte le rêve d’un homme qui voulait que la mer entre dans les maisons.
Pour pouvoir laisser un commentaire, vous devez Vous connecter avec votre compte