“J’habite chez Jeanne. Elle a 82 ans. Je l’aide pour faire des courses lourdes et on mange ensemble une à deux fois par semaine”. A 22 ans, Marion a fait son choix. Celui du coliving intergénérationnel. Hors de question pour cette étudiante en master d’histoire de passer toutes ses économies dans un logement. Résultat la jeune femme dépense 300 euros, pour une chambre dans un grand appartement de plus de 100 m2 au coeur du quartier de la Presqu’ile en échange de ce service. “Les loyers lyonnais sont trop élevés pour moi et avec Jeanne c’est en quelques sortes un bon plan”. De son coté l’octogénaire y trouve son compte “Marion est là, ça me donne un peu plus d’assurance et elle a l’énergie pour redonner vie à ce grand appartement”.
Chaque année, environ 3 millions d’étudiants en France se heurtent à la rareté et au prix élevé des logements. À Paris, Lyon, Bordeaux ou Lille, un studio dépasse souvent 600 à 800 € mensuels, des montants inaccessibles pour une grande partie des jeunes. Dans ce contexte, l’habitat partagé avec des personnes âgées apparaît comme une solution pragmatique. Pour 200 à 400 € par mois, un étudiant peut disposer d’une chambre meublée, d’un accès aux parties communes et, surtout, d’un cadre plus chaleureux que celui d’une résidence impersonnelle.
Un modèle déjà structuré
Le principe n’est pas nouveau, mais il s’organise désormais de façon plus professionnelle. Des associations mettent en relation seniors disposant d’une chambre libre et étudiants en quête de logement. Le fonctionnement est simple : le jeune signe une convention d’hébergement, verse un loyer réduit et s’engage à être présent quelques soirs ou à rendre de petits services (faire des courses, aider pour le numérique, arroser les plantes…).
Pour Ensemble2Générations, qui gère la mise en relation tout comme comme Colibree Intergénération ou encore Cohabilis le nombre de binômes formés a augmenté de 20 % en un an, et la rentrée 2025 s’annonce comme la plus dynamique jamais enregistrée.
Plusieurs villes d’ailleurs encouragent désormais ce type de colocation. La Métropole de Lyon a lancé un programme d’aides pour les associations spécialisées. “Dans un contexte de crise du logement particulièrement difficile, nous avons besoin d’expérimenter et d’activer tous les leviers d’innovation sociale pour répondre aux besoins de nos habitants” indiquait dans un communiqué Bruno Bertrand, président de la Métropole de Lyon.
La ville de Paris n’est pas en reste et soutien les projets favorisant la solidarité intergénérationnelle. À Lille, une campagne d’information a été déployée en septembre pour inciter les retraités à ouvrir leurs portes aux étudiants. Double enjeu à chaque fois : loger les jeunes à moindre coût et lutter contre l’isolement des personnes âgées, qui touche près de 2 millions de seniors en France.
Un marché en croissance
Les acteurs du secteur estiment que 10 000 à 15 000 jeunes vivent déjà en coliving intergénérationnel en France. Un chiffre modeste comparé aux besoins, mais en nette progression. Les plateformes observent aussi une diversification : des jeunes actifs en début de carrière ou des salariés en mobilité rejoignent ces formules hybrides. La tendance est également portée par une évolution culturelle. Dans une société marquée par le vieillissement de la population, les Français semblent plus ouverts aux formes de solidarité résidentielle.
Reste une question : ce modèle peut-il se généraliser ? Certains observateurs rappellent que la réussite dépend du « bon matching » entre étudiant et senior, ainsi que de la clarté des règles de vie. Mais à mesure que les loyers restent élevés et que l’isolement des personnes âgées s’accentue, les experts estiment que cette formule pourrait passer du statut d’alternative à celui de solution à part entière.
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