La guerre est déclarée entre plusieurs municipalités françaises et les meublés touristiques. 2025 sonne le glas pour les locations type Airbnb : contrôle, quotas et compensations sont devenus les maîtres mots, de Paris à Lyon, en passant par Bordeaux, Annecy ou la côte basque.
La loi Meur-Échaniz est passée par là. Votée à la fin de l’année 2024, elle offre désormais aux communes une véritable boîte à outils : plafonnement à 90 jours pour les zones tendues où la tension locative est forte, pour la location d’une résidence principale, sanctions simplifiées, amendes pouvant aller jusqu'à 15 000 euros en cas de dépassement. Elle peut atteindre 100 000 euros dans certains cas d’illégalité grave, notamment pour les locations illégales de résidences secondaires ou de locaux sans autorisation. Une petite révolution pour les villes touristiques, où les meublés ont parfois fait grimper les loyers de 20% à 30% en cinq ans, selon les différents cabinets d’analyses.
Nouvelle loi, nouvelles régulations
Une loi sur laquelle se sont précipitées de nombreuses collectivités. À Paris, la mesure est entrée en vigueur dès le 1ᵉʳ janvier 2025 : impossible de louer sa résidence principale plus de 90 jours par an, contre 120 auparavant. Le numéro d’enregistrement est désormais obligatoire et les contrôles s’intensifient. Pour louer un logement qui n’est pas sa résidence principale, il faut obtenir une autorisation de changement d’usage et créer un logement locatif équivalent en contrepartie, souvent en transformant un local commercial en habitation. Dans la capitale, « nous sommes passés à 60 000 locations saisonnières, contre 98 000 en 2024 », indiquait Frédéric Hocquard, adjoint à la mairie de Paris, en charge du Tourisme et de la vie nocturne en septembre dernier.
À Lyon, la Métropole a choisi la ligne dure : toute résidence secondaire transformée en meublé doit être compensée par la création d’un logement classique de surface équivalente. Le plafond de 90 jours pour les résidences principales y entrera en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026, mais les contrôles ont déjà commencé. À Bordeaux, le Conseil municipal a voté à l’été 2025 la même limitation annuelle, avec compensation obligatoire pour chaque bien basculé vers le tourisme. Les propriétaires devront fournir un logement supplémentaire dans le même secteur. Sur la côte basque, à Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz, le principe de compensation est appliqué depuis 2023 : pour exploiter un meublé touristique, il faut mettre sur le marché un logement à l’année. Les tribunaux ont déjà confirmé plusieurs amendes records. Enfin, à Annecy, un nouveau règlement entré en vigueur début 2025 délimite des zones rouges où le changement d’usage est quasi impossible. Les élus du Grand Annecy affirment vouloir « sauver l’équilibre résidentiel » face à l’explosion des meublés touristiques, multipliés par trois entre 2018 et 2024, selon le Cerema.
Et maintenant ?
Le message est clair : fini la rente facile du week-end sur Airbnb. Pour les investisseurs, la rentabilité dépend désormais autant du taux d’occupation que du coût et de la faisabilité de la compensation. À Paris ou Biarritz, transformer un local commercial en logement peut coûter entre 2 000 et 3 000 € le m², sans garantie d’autorisation. Les plateformes comme Airbnb ou Abritel, conscientes du mécontentement ambiant, plaident pour un cadre national harmonisé distinguant particuliers et multipropriétaires. Pour les locataires à l’année, l’espoir renaît : ces restrictions pourraient remettre sur le marché des milliers de logements jusque-là aspirés par le tourisme.
Un modèle qui s’inspire désormais des grandes capitales européennes : à Amsterdam, Barcelone ou Berlin, on ne loue plus à la légère. En France, 2025 restera, pour tous les acteurs, comme l’année où l’équilibre entre tourisme et vie locale a commencé à changer durablement. Reste à savoir quel impact réel ces mesures auront sur le marché immobilier sur le long terme.
Pour pouvoir laisser un commentaire, vous devez Vous connecter avec votre compte