Copropriété : fin de la place de parking garantie pour les acheteurs

Entre raréfaction des places, et essor de l’autopartage, la voiture personnelle en copropriété est en pleine remise en question.
Entre raréfaction des places, et essor de l’autopartage, la voiture personnelle en copropriété est en pleine remise en question.
Pedro Dias Pexels

C’est une nouvelle donne dont les Français se seraient bien passés. Sorte de graal des temps modernes : trouver une place de parking privative. Pendant longtemps, acheter un logement en ville signifiait automatiquement en disposer d’une. Ce réflexe, profondément ancré dans le marché immobilier français, se fissure petit à petit aujourd’hui. Résultat : le modèle de la voiture individuelle stationnée en copropriété vacille au bénéfice de nouvelles formes de mobilité.

Dans certains secteurs bien desservis par les transports, les plans locaux d’urbanisme autorisent désormais les promoteurs à se limiter à 0,5 place par logement, notamment près des gares. Autrement dit : un immeuble neuf peut sortir de terre sans garantir une place pour chaque copropriétaire. Pire, lorsque les parkings existent, ils ne sont pas toujours attribués individuellement. Dans de nombreuses résidences, des emplacements sont mutualisés, loués au plus offrant ou réservés à l’usage temporaire, ce qui prive certains résidents d’une place fixe au quotidien.

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La grande mutation des parkings privés

Parallèlement, le prix d’une place de stationnement en voirie atteint des sommets dans les grandes villes. À Paris, les tarifs ont été triplés pour les voitures de plus de 1,6 tonne depuis octobre 2024, avec jusqu’à 225 € pour six heures. Lyon, Bordeaux ou Marseille ont également durci leur politique de stationnement, réduisant les zones gratuites et augmentant les forfaits résidents. Derrière l’argument de la fluidité urbaine, les municipalités assument clairement un objectif : diminuer la présence des voitures en ville.

Aussi, la loi LOM (Loi d’orientation des mobilités), promulguée en 2019, impose l’installation de bornes de recharge dans les parkings de plus de 20 places dans les bâtiments non résidentiels depuis le 1er janvier et renforce le droit à la prise dans les immeubles d’habitation. Pour les copropriétés, cela signifie une mise aux normes de l’ensemble du parking. Le coût se chiffre à quelques dizaines de milliers d’euros. Un investissement conséquent.

Un nouveau modèle : l’autopartage et les parkings mutualisés

C’est dans ce contexte que l’autopartage s’impose. Basé sur la mise en commun de véhicules en libre-service pour une utilisation ponctuelle, le système remplace entre 4 et 8 voitures personnelles et libère jusqu’à trois places de stationnement en voirie selon une étude du ministère de la Transition écologique. Dans certaines copropriétés situées en cœur de ville, des enseignes de car-sharing se sont déjà installées directement dans les parkings, supprimant des places privatives au profit de véhicules en libre-service. Il ne s’agit donc plus de garantir une place par propriétaire, mais de permettre à chacun de se déplacer sans posséder un véhicule.

Sur le marché immobilier, les conséquences sont visibles. Les places de parking privatives se valorisent dans les quartiers où elles deviennent rares, mais perdent de l’attractivité lorsqu’elles sont trop coûteuses à équiper en borne de recharge. À l’inverse, des acheteurs acceptent désormais de se passer de place si l’immeuble dispose soit d’un parking électrifié mutualisé, soit d’une offre d’autopartage intégrée.

La voiture ne disparaît pas de la copropriété, mais son statut change en centre-ville. Moins objet de propriété, plus outil de mobilité. Et la mutation se fait vite : entre l’évolution des PLU (plans locaux d’urbanisme), la tarification du stationnement, l’électrification et la montée du partage, la place réservée au véhicule individuel se réduit,  parfois physiquement, parfois culturellement. Ce qui semblait jadis un droit acquis : « un logement = une place », devient peu à peu une exception.

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