Cette semaine est annoncé le premier coup de froid. Comme si, après quelques jours de douceur, le mois de novembre se rappelait à notre bon souvenir. Derrière ces prévisions météo se cache une réalité désormais incontournable du marché immobilier français : l’isolation est devenue l’argument numéro 1 au moment de choisir un logement. La tendance se confirme partout. Les biens affichant une étiquette énergétique E, F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) n’ont plus la cote. Selon la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM), la chute atteint en moyenne -17 % pour les logements classés F et G avec des écarts plus forts localement (jusqu’à -25 % dans certaines zones rurales dans le nord et l’est du pays) par rapport à des biens comparables mieux notés.
Le DPE est devenu l’arme de négociation privilégiée
Au moment de faire un choix, la réglementation joue un rôle déterminant. Appliquée depuis le début de l’année, la RE2025 (réglementation environnementale), qui succède à la RE2020, renforce les exigences de performance et de confort thermique dans le neuf. Résultat : l’attention des acheteurs se reporte vers le parc existant. Près de 5,4 millions de logements étaient encore considérés comme des “passoires thermiques” au 1er janvier 2025, selon le SDES.
S’y ajoute un élément nouveau : investisseurs et acquéreurs particuliers sont désormais mieux informés des risques liés à un mauvais DPE — hausse des coûts de chauffage, interdiction à la location selon le niveau de performance, et perte de valeur à la revente. Conséquence directe : lors des visites, le DPE est devenu un instrument de négociation aussi puissant qu’une estimation en ligne. De plus en plus d’acheteurs demandent une estimation des travaux énergétiques avant de formuler une offre, ce qui pousse les vendeurs à revoir leurs prétentions.
Travaux en urgence et “prime verte” pour les logements performants
Face à ce grand changement, de nombreux propriétaires tentent d’agir vite. Les dispositifs publics — MaPrimeRénov’, éco-PTZ et certificats d’économie d’énergie — facilitent les travaux, même si la hausse des coûts et les délais d’intervention freinent encore certains ménages. Pour les biens destinés à la location, suite à la loi Climat et Résilience l’urgence est encore plus forte : depuis 2025, les logements classés G - les plus énergivores - sont interdits à la location, et ceux classés F le seront progressivement à partir de 2028.
Les professionnels s’accordent sur une nouvelle hiérarchie du marché. Les logements les plus performants — A, B ou C — bénéficient désormais d’une véritable « prime verte ». La décote des mauvais DPE se traduit par un prix à la vente inférieur et un délai de vente allongé de plus de 5 jours en moyenne. La FNAIM observe que les biens classés A ou B se vendent jusqu’à 6 % plus cher qu’en 2023, preuve que la performance énergétique n’est plus un indicateur technique, mais une valeur de marché. À l’inverse, les propriétaires qui n’anticipent pas les travaux risquent de se retrouver face à un marché qui sanctionne rapidement.
Résultat : là où l’on discutait autrefois du balcon, de l’étage ou du quartier, la performance énergétique se retrouve désormais au centre de l’équation au moment des négociations et des décisions d’achat. Le DPE s’est imposé comme un véritable juge de paix pour fixer le prix, donnant un pouvoir de négociation inédit aux acheteurs.
Pour les vendeurs les moins préparés, cet automne a parfois un goût de coup de froid — et pas seulement à cause des températures.
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