Le minimalisme vit-il ses derniers jours ? Après près d’une décennie de domination, la décoration intérieure semble changer d’état d’esprit. Fini l’esthétique épurée, les murs blancs et le mobilier uniforme, place désormais à la couleur. Aucune génération n’y échappe, aucun type d’habitation non plus. Le « mix & match », c’est-à-dire le mélange assumé des styles, s’impose désormais comme la tendance déco principale de cette fin d’année. Selon AD Magazine, les tendances 2025 montrent le retour d’influences variées – Art nouveau, lignes arrondies, vintage – cohabitant dans un même intérieur. Le « tout neutre » est entré dans ses dernières heures d’existence.
Une question d’esthétisme ? Pas forcément ! Le contexte économique rentre en jeu. La hausse du coût des matériaux et des travaux peut être une première explication. La décoration se tourne désormais vers la « seconde main ». Une étude Iligo révèle qu’environ 67% des Français achètent ou vendent aujourd’hui des biens d’occasion et que 40% de ces achats concernent l’immobilier et la décoration. Xerfi souligne pour sa part que le marché français de l’occasion représente désormais 14 milliards d’euros en 2024 et continue sa progression en 2025. Conséquence : l’IPEA (Institut de Prospective et d’Études de l’Ameublement) note un recul de 3,9% du marché du meuble neuf pour le premier semestre 2025. Envie de singularité, consommation responsable, montée en puissance des plateformes de seconde main : ce sont les trois moteurs de cette tendance.
Une association qui détonne mais à laquelle il va falloir s’habituer
Pour les intérieurs, la nouvelle esthétique se traduit par des associations autrefois à peine imaginables. « J’ai récupéré le lit Napoléon de mon père », annonce fièrement Esther, la quarantaine. « Il ne détonne pas dans la maison, où j’ai aussi la porcelaine de mes grands-parents, le bureau de ma mère. Le tout se marie très bien avec le canapé que j’ai acheté neuf il y a deux ans. J’aime l’esthétique et ça permet de continuer à faire vivre tous ses objets qui ont une valeurs sentimentale ». Plus question donc d’être étonné à présent de retrouver chez certains un mélange de matériel de différentes époques : là, un luminaire design des années 70, ici un tapis datant du premier quart du 20e siècle. Les couleurs terre, le bleu roi, le vert sauge ou le jaune moutarde gagnent en importance au détriment du blanc pur et du gris anthracite, omniprésents depuis 2017. Les textures se superposent également : bois brut, lin, velours, céramique, métal martelé.
Une influence sur le marché locatif ? Oui ! Un logement décoré dans cet esprit se différencie immédiatement sur les photos d’annonce et peut attirer un public prêt à payer un loyer ou un prix d’achat légèrement supérieur en échange d’un intérieur déjà identitaire. Dans les grandes villes, les agents immobiliers constatent que les biens chaleureux et personnalisés génèrent davantage de visites que les appartements rénovés mais neutres. La décoration devient ainsi une stratégie de valorisation : sans recourir à des travaux lourds, un propriétaire peut renforcer son attractivité en introduisant quelques pièces vintage fortes, une palette colorée cohérente et des matériaux nobles à faible coût.
Le phénomène est parti pour durer. Les intérieurs évoluent vers une esthétique plus personnelle, plus joyeuse et plus durable. À rebours de la période délicate vécue par bon nombre de Français. L’idée directrice, maintenant, est que chaque pièce porte une histoire.
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