Une croissance oui, mais à nuancer. Si l’investissement enregistre de bons chiffres sur les neuf premiers mois de l’année, avec 2,5 milliards d’euros engagés (+4 % par rapport à 2024), le troisième trimestre connaît un léger essoufflement. Derrière la mécanique d’investissement se trouve un équilibre précaire, porté autant par la recherche de placements refuges que par une demande locative très soutenue dans les grandes villes.
Ce paradoxe apparaît clairement entre juillet et septembre 2025. Avec seulement 561 millions d’euros investis, le recul atteint 18 % par rapport à la même période l’an passé. Le plus touché est le résidentiel classique, avec une chute brutale de 59 % et 22 transactions recensées contre 42 en 2024. L’Île-de-France continue de concentrer l’essentiel des volumes, avec 57 %.
Seule éclaircie dans ce tableau : les actifs gérés deviennent le moteur de la reprise. Les résidences étudiantes totalisent 691 millions d’euros investis au premier semestre, tandis que le coliving et les logements avec services affichent un regain d’intérêt certain. Cette tendance positive est portée par la sécurité des taux de remplissage et des loyers. À l’inverse, les résidences seniors restent en retrait malgré un besoin démographique avéré : les investisseurs privilégient des projets à rentabilité à court terme. Cette sélectivité accrue montre à quel point l’investissement s’oriente aujourd’hui vers des produits dont la performance est immédiatement lisible. Les investisseurs arbitrent davantage, comparent les modèles économiques et recherchent des actifs gérés capables d’offrir un rendement net sans risque réglementaire ni aléa de travaux. Cela souligne aussi le manque d’appétit pour le résidentiel traditionnel, dont la rentabilité dépend trop du financement et de la rénovation.
Quid des taux directeurs ?
Un marché actif, oui, mais toujours assujetti aux contraintes financières. Les taux d’intérêt tournent autour de 3 %, limitant la capacité d’emprunt. Le coût des rénovations, combiné aux obligations énergétiques, pèse fortement sur les biens les plus anciens, particulièrement ceux susceptibles d’être pénalisés par le DPE. Les banques, de leur côté, se montrent plus strictes pour l’octroi de crédit. Résultat : une complexification des montages financiers qui pousse les investisseurs à y réfléchir à plusieurs fois voire même à différer leurs acquisitions. Face à cette situation, beaucoup se tournent désormais vers des biens immédiatement conformes ou ne nécessitant pas de remise aux normes, confirmant la montée en puissance de la « prime à la qualité ».
Le marché français repose néanmoins sur une donnée structurelle : la demande locative continue de progresser. Dans les grandes villes, les loyers ont augmenté de 4 à 9 % environ depuis le début de l’année, assurant un taux d’occupation élevé et renforçant l’attractivité des actifs gérés comme des biens facilement exploitables en meublé.
Mais la prudence reste le maître mot pour les investisseurs. Les prix d’achat se stabilisent après deux années de repli, mais les volumes demeurent sous les niveaux historiques et les arbitrages restent nombreux. En 2026, l’avenir du résidentiel dépendra largement de la trajectoire des taux moyens des crédits immobiliers. Une baisse, même marginale, pourrait relancer les arbitrages différés depuis 2024. Si les taux restent élevés, la dynamique actuelle persistera : marché tiré par les actifs gérés et sélectivité accrue. La véritable relance passera par l’alignement de trois paramètres — coûts d’emprunt, réglementation énergétique et tension locative — sans quoi le marché restera à deux vitesses.
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