Réforme des taxes sur les logements vacants, nouveau statut de bailleur privé : le Budget 2026 met clairement le logement « à contribution ». Pour l’expliquer, le député socialiste de Paris Emmanuel Grégoire, qui a déposé un amendement en ce sens, insiste sur l’objectif de remise sur le marché de biens aujourd’hui inoccupés : « Dans le contexte de crise logement que connaît la France, cet amendement a pour but d’inciter la mise sur le marché des locaux à usage d’habitation aujourd’hui non occupés à titre principal, avec la création d’une seule imposition locale, plus lisible, plus souple et plus efficace à la main des collectivités en zone ultra‑tendue ».
Fusion des taxes : les logements vides dans le viseur
Ainsi, la loi de finances regroupe et renforce la fiscalité sur les logements non occupés à l’année. Elle crée une contribution unique sur les logements qui ne sont pas des résidences principales, que les communes peuvent majorer dans les zones tendues. « Elle permettrait également de réduire les comportements d’optimisation du statut d’occupation (résidence secondaire ou logement vacant) », indique le texte, en donnant plus de latitude aux collectivités pour agir.
Lors des débats, la députée socialiste Céline Hervieu a justifié le durcissement en rappelant que « dans certaines zones très tendues, comme le sixième arrondissement de Paris, près d’un logement sur cinq est inoccupé au titre de résidence principale et reste ainsi vacant ».
Le Jeanbrun : nouveau statut de bailleur privé
La « relance logement », ou dispositif Jeanbrun, du nom du ministre du Logement, arrive en parallèle de ce tour de vis sur les logements vides. Un amortissement fiscal de 3,5 à 5,5% pour les logements neufs loués pendant neuf ans est prévu dans ce nouveau dispositif, en fonction du niveau de loyers pratiqué. Il peut être assorti d’un doublement du plafond de déficit foncier en cas de gros travaux de rénovation énergétique.
Pour le ministre, l’objectif est clairement offensif : « Ce dispositif va créer un choc d’offre et permettre de construire près de 50 000 logements supplémentaires par an », a déclaré Vincent Jeanbrun à l’AFP. À Matignon, le cap est fixé en combinant la relance du locatif privé et l’effort sur le logement social : « 2 millions de logements d’ici à 2030, soit 400 000 par an », a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Qui sont les gagnants ? Qui sont les perdants ?
Pour les bailleurs, l’enjeu est de savoir si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Grâce à l’amortissement du bien et à un plafond de déficit foncier relevé en cas de travaux, les bailleurs qui louent déjà en longue durée dans des zones tendues peuvent voir ce nouveau statut améliorer leur rendement net, à condition d’accepter des loyers plafonnés et une durée d’engagement minimale. Ainsi, ces propriétaires, souvent installés pour un temps long, sont les principaux bénéficiaires potentiels des nouveaux outils fiscaux, à condition d’accepter de jouer le jeu d’une offre locative abordable et énergétiquement performante.
D’un autre côté, les détenteurs de résidences secondaires ou de logements laissés vides dans les métropoles et zones touristiques avancent sur une ligne de crête : le risque de voir leur fiscalité locale augmenter nettement est bien réel, et certains dénoncent déjà un durcissement excessif.
Entre ces deux profils, de nombreux petits bailleurs – un ou deux biens, fiscalité déjà jugée lourde – sont placés devant un choix plus cornélien : adopter le statut de bailleur privé ou rester dans des régimes plus classiques, mais avec une pression accrue sur les biens peu occupés.
Le Budget 2026 assume une logique : faire davantage contribuer le patrimoine immobilier sous‑utilisé, tout en réservant les principaux coups de pouce fiscaux aux bailleurs qui acceptent de participer à l’effort demandé par le gouvernement.
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