C’est un cap inédit. Le plan « Relance logement » vise la construction de 2 millions de logements d’ici à 2030, soit 400 000 par an, dont 125 000 logements sociaux. Mais loin des promesses, la réalité est tout autre. Les chiffres de 2025 dessinent un marché encore bien éloigné de cette trajectoire. Le gouvernement présente pourtant ce plan comme l’un des grands objectifs de la décennie. Objectif : relancer massivement la construction et la rénovation.
« Nous devons être capables de sortir 2 millions de logements d’ici à 2030. C’est absolument colossal : 400 000 logements par an », a déclaré le Premier ministre, Sébastien Lecornu, le 23 janvier dernier. Avec 4 millions de mal-logés et 12 millions de personnes fragilisées, « le logement fait partie des grandes urgences du pays » et ne « peut pas attendre 2027 ».
Permis : un rebond, pas un boom
Selon les chiffres du SDES (Service des données et études statistiques), 379 222 logements ont été autorisés à la construction en 2025, soit +15 % par rapport à 2024. Le redémarrage est donc réel après deux années défavorables.
Mais derrière ce chiffre se cache une autre réalité. Les services de l’État indiquent en effet que ce niveau reste 8,8 % en dessous de la moyenne des cinq années précédentes. Si les permis de construire repartent à la hausse de manière significative, le marché n’a toujours pas reconstitué un stock d’autorisations compatible avec l’objectif gouvernemental de 400 000 mises en chantier par an.
Mises en chantier : le maillon faible
Les mises en chantier illustrent le décalage entre la volonté gouvernementale et la réalité. En 2025, environ 274 611 logements ont été mis en chantier, soit à peine +5 % par rapport à 2024. C’est 21,3 % en dessous de la moyenne des cinq dernières années.
Le gouvernement parle lui-même d’une « crise durable du logement » que le dispositif est censé enrayer, en transformant les permis en chantiers malgré le coût de construction, les délais et la prudence des financeurs.
Gouvernement et filière s’accordent d'ailleurs à reconnaître que le marché est marqué par « l’effondrement de la production » et une crise du logement devenue structurelle. Pour Sébastien Lecornu, l’objectif est d’opérer une rupture non seulement par le volume, mais aussi par la combinaison d’outils fiscaux, de soutien au logement social et de simplification administrative.
Une course contre la montre
Comment ? L’exécutif promet un soutien financier inédit aux bailleurs sociaux, avec une enveloppe supplémentaire d’environ 500 millions d’euros dès cette année, la mobilisation de l’épargne des ménages pour relancer l’investissement locatif, ainsi qu’un calendrier d’engagements pour accélérer les procédures et lever certains blocages locaux.
Les premiers documents évoquent aussi 50 000 logements locatifs privés supplémentaires par an et une montée en puissance rapide vers 125 000 logements sociaux annuels dès cette année. Le ministère justifie cette relance « face à la chute de l’offre locative et des mises en chantier de constructions neuves ».
Côté professionnels, la question de la faisabilité se pose. Le pari gouvernemental est désormais observé à travers un indicateur simple : la capacité du marché à combler, année après année, l’écart de plus de 120 000 logements entre le niveau actuel de production et le cap politique fixé à 400 000 mises en chantier.
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