Face à un marché tendu, le logement à Bordeaux est devenu un thème fort de campagne. Côté ventes, le prix moyen au mètre carré tourne autour de 4 400–4 500 €/m² fin 2025, soit une baisse d’environ 7 à 8 % sur trois à cinq ans par rapport aux pics 2020–2022, selon les données Fnaim et DVF. Au bord de l’estuaire de la Garonne, le marché locatif reste l’un des plus tendus de France, avec un loyer médian autour de 14 €/m² et une très forte pression sur les petites surfaces.
Hurmic : régulation et logement social assumés
Pour le maire écologiste sortant de Bordeaux, Pierre Hurmic, le bilan en matière de logement social est positif. « Nous étions à 18,5 % de logements sociaux à Bordeaux. Nous sommes passés à 20,5 % », affirme‑t‑il lors d’un débat organisé par la presse locale, un bilan qu’il juge « volontariste » en matière de logement social et de rénovation énergétique.
Côté programme, Hurmic promet une densification douce : zéro artificialisation des sols, surélévation plutôt qu’étalement urbain, et création de « quartiers mixtes » pour atteindre au moins 25 % de logements sociaux réglementaires. Il défend l’encadrement des loyers comme « un des outils qui permet de limiter la hausse des loyers », ainsi qu’un durcissement du contrôle des meublés touristiques type Airbnb.
Enfin, dans le cadre du dispositif « zéro enfant sans abri », il propose un plan combinant la possible réquisition de logements durablement vacants avec l’aide de l’État et la mobilisation d’une trentaine de logements municipaux pour les familles en grande difficulté.
« Vous avez complètement grippé toute la politique du logement à Bordeaux... Vous avez créé des normes qui n'existaient nulle part ailleurs... Il faut 3 ans pour avoir un permis de construire », attaque Thomas Cazenave à l’adresse de la majorité sortante. Le candidat de la majorité présidentielle défend un programme centré sur la relance de l’offre, avec la volonté d’assouplir des normes qu’il juge excessives.
Le candidat propose aussi la reconversion de 50 000 m² de bureaux vides en environ 1 000 logements. Le tout serait complété par un nouveau quartier à Bordeaux‑Nord, censé offrir des logements « abordables » pour les ménages.
Toujours au centre, Philippe Dessertine chiffre à 78 000 m² les surfaces tertiaires inutilisées à convertir en logements pour étudiants, jeunes actifs et familles. Il veut négocier directement avec les grands constructeurs pour faire baisser les prix.
Gauche radicale : réquisitions et encadrement renforcé
Nordine Raymond (LFI) veut « planifier » le logement et remettre sur le marché les dizaines de milliers de logements vacants recensés dans la métropole. « Quand on parle de logement, je pense d’abord à ceux qui n’en ont pas... près de 2 500 personnes vivent à la rue alors qu’il y a environ 30 000 logements vacants », expliquait‑il pendant la campagne.
Dans son programme, on retrouve l’encadrement des loyers à l’échelle de la métropole, une régulation stricte d’Airbnb et une augmentation de l’offre de logements sociaux et étudiants. Il propose également la création d’une « brigade du logement » chargée de faire respecter ces règles et de lutter contre les abus.
À l’extrême gauche, Philippe Poutou souhaite la réquisition des logements vides « dès 2026 », la mobilisation des bâtiments publics inutilisés, le refus de « vendre le foncier public à du privé » et un contrôle citoyen renforcé des HLM.
Construction massive de logements publics, réquisition, défense inconditionnelle des locataires et auto‑organisation contre les bailleurs et la spéculation sont aussi repris dans les programmes de Fanny Quandalle (Lutte ouvrière), Petra Bernus et Esteban Nadal (NPA Révolutionnaires).
Entre « logement digne » et défense de la propriété
Sur la gauche également, Medhi Saboulard met en avant un « Plan municipal Logement digne » centré sur l’habitat social dégradé.
Pour le Rassemblement national, Julie Rechagneux défend la maison individuelle, critique la « ville compacte » et s’oppose à la densification promue par la majorité sortante. Hostile à la loi SRU qu’elle juge imposée « de manière unilatérale », elle privilégie la rénovation de bureaux anciens via des partenariats urbains plutôt que les grands projets d’urbanisme.
Virginie Bontoux Tournay (Reconquête !) porte quant à elle un discours de « priorité aux Bordelais » et de défense de la propriété privée. « Je suis contre l'encadrement des loyers... ça fait l'effet inverse... il y a beaucoup moins d'investisseurs ».
Les élections municipales auront lieu les 15 et 22 mars 2026.
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