MaPrimeRénov’, une vaste fraude en Charente-Maritime relance le débat

Plus d’un million d’euros auraient été détournés via MaPrimeRénov’ au détriment d’une cinquantaine de particuliers et d’artisans.
Plus d’un million d’euros auraient été détournés via MaPrimeRénov’ au détriment d’une cinquantaine de particuliers et d’artisans.
Budget Bizar Pexels

Ils sont une cinquantaine à avoir potentiellement été abusés. En Charente-Maritime, trois personnes sont soupçonnées d’avoir monté un vaste réseau d’escroqueries autour de MaPrimeRénov’, le principal dispositif d’aides publiques à la rénovation énergétique. Un procès doit s’ouvrir le 24 avril prochain devant le tribunal de Saintes.

Pour réaliser leurs larcins, les trois personnes sur le banc des accusés auraient usurpé l’identité d’artisans locaux. Comment ? En utilisant les numéros professionnels (RGE et SIRET) afin de détourner des subventions destinées aux ménages. Estimation du préjudice : plus d’un million d’euros indûment versés par l’Anah, l’Agence nationale de l’habitat en charge de MaPrimeRénov’. Profil des victimes : des particuliers pensant avoir flairé une bonne aubaine et convaincus de financer des travaux « à zéro reste à charge », et des professionnels dont l’identité a été usurpée.

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Comment les escrocs auraient procédé

Lors des perquisitions, les enquêteurs ont retrouvé des voitures, des montres ou encore un jacuzzi. Le tout aurait été financé par la mise en place du système de fraude présumé.

Selon les premiers éléments de l’enquête révélés par plusieurs médias, les fraudeurs présumés récupéraient les données personnelles des particuliers (coordonnées, composition du foyer, niveau de revenus, etc.) grâce à la promesse de travaux de rénovation quasiment gratuits. Ils établissaient ensuite de faux devis au nom de véritables entreprises RGE (label « Reconnu garant de l’environnement »), sans que ces dernières soient informées. Une fois les dossiers MaPrimeRénov’ déposés en ligne et validés par l’Anah, les aides étaient versées sur des comptes contrôlés par le réseau, et non à l’artisan légitime.

Les fonds allaient ainsi directement dans la poche des présumés malfaiteurs. Dans certains cas, des travaux étaient tout de même réalisés, mais par des intervenants non qualifiés. Résultat : des malfaçons, des chantiers inachevés et, parfois, des logements davantage dégradés que rénovés.

Un arsenal pour mettre fin aux fraudes

L’histoire n’est pas une première. Elle s’inscrit même dans une série de dossiers de fraude à MaPrimeRénov’. Pour preuve, en 2025, l’Agence nationale de l’habitat (Anah) indique avoir déjoué plus de 21 000 tentatives de fraude aux aides à la rénovation énergétique, soit 21 439 dossiers bloqués avant tout versement, pour un montant total de 174 millions d’euros d’argent public. Plus largement, depuis 2020, les fraudes détectées représentent environ 0,4% des montants versés, soit 85 millions d’euros sur 19,2 milliards distribués en cinq ans, selon le bilan 2025 de l’agence.

Si à Saintes le procès doit encore s’ouvrir, un autre a lieu à Paris depuis le début du mois de mars. Sept hommes y sont accusés d’avoir déposé 2 080 dossiers frauduleux d’audits énergétiques entre 2022 et 2023, pour un préjudice évalué à 1,13 million d’euros pour l’Anah.

Insistant sur le caractère marginal des fraudes, l’agence assure avoir renforcé les contrôles. Ainsi, environ 16% des dossiers feraient désormais l’objet d’une inspection sur place, un niveau supérieur à l’objectif initial, et chaque cas de fraude avérée est signalé à la justice. Le gouvernement a également renforcé le dispositif : pour les rénovations d’ampleur, un passage par un conseiller France Rénov’ est désormais obligatoire, et ce service public doit être mentionné dans la communication des entreprises. En dernier recours, l’exécutif met aussi en avant le « name and shame » pour les acteurs sanctionnés.

Le temps presse, et pour les ménages comme pour les professionnels, l’enjeu est de préserver la confiance et de ne pas écorn(er) l’image de MaPrimeRénov’, tout en continuant à soutenir la rénovation énergétique dans de bonnes conditions.

 

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