Bois, béton, cuivre, PVC, zinc, isolants, plastiques… rien ou presque n’échappe à la hausse des prix. Sur le terrain, le quotidien des artisans du bâtiment ressemble de plus en plus à un exercice d’équilibriste. C’est ce que confirme la dernière enquête de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB). Deux tiers des professionnels se disent aujourd’hui sous pression.
Pour de nombreux matériaux de construction ou de chantier, les hausses atteignent 15 à 20%, parfois davantage. À ces tensions sur les approvisionnements s’ajoute le poids des carburants : déplacements vers les chantiers, engins de terrassement, livraisons… tout fonctionne au gazole. Les petites structures, qui travaillent souvent avec des marges déjà très serrées, n’ont plus la capacité d’absorber indéfiniment ces chocs sans les répercuter au client. En bout de chaîne, c’est le particulier qui se retrouve à payer l’addition.
Des chiffres qui inquiètent
« Après une année 2025 particulièrement dégradée, le premier trimestre 2026 tarde à montrer des signes tangibles de reprise : l’activité des entreprises artisanales du bâtiment est toujours en baisse », indique la CAPEB dans un communiqué en avril. Au premier trimestre 2026, l’activité recule encore de 1,5% sur un an. Dans le détail : la baisse est de 2,5% dans le neuf et de 1% dans l’entretien‑amélioration, tandis que les carnets de commandes tournent autour de 80 jours de travail.
Début avril, la confédération a consulté 2 600 artisans. Le verdict est sans appel : 65% d’entre eux déclarent avoir reçu des avis de hausse de tarifs de la part de leurs fournisseurs de matériaux, et 70% font état de majorations allant de +2,5% à +20% selon les produits. Côté énergie, la quasi‑totalité des entreprises (92%) se disent touchées par la hausse du prix des carburants, et 56% subissent de plein fouet le renchérissement du gazole non routier, indispensable au fonctionnement des engins de chantier.
Les perspectives ne sont guère rassurantes. Les indices de coûts de production dans la construction ont progressé d’environ 15 à 18,5% depuis 2021, selon l’INSEE, avec des pointes plus marquées sur certains matériaux comme les isolants ou le PVC. La situation géopolitique actuelle entretient ces tensions sur les matières premières et l’énergie. sans réelle visibilité de retour à la normale sur le court terme.
Pour les particuliers, l’heure est à l’anticipation
Alors que certains fournisseurs ne peuvent plus garantir leurs tarifs au‑delà de 24 à 48 heures, les particuliers doivent eux aussi adapter leurs réflexes. Le devis, autrefois valable trois mois, se retrouve parfois limité à quelques semaines, assorti de clauses de révision de prix en cas de hausse des matériaux entre la signature et le démarrage du chantier. La démarche est légale et tend à se généraliser dans un contexte d’explosion des coûts.
La CAPEB alerte également sur un risque accru de retards, de ralentissements, voire d’abandons de chantiers si les contrats (en particulier publics) ne sont pas ajustés à la réalité des prix. Pour les ménages, quelques réflexes peuvent limiter la casse : anticiper plutôt que repousser, surveiller de près les clauses de révision de prix, et prévoir une marge de sécurité d’au moins 10 à 15% dans le budget, afin d’absorber une éventuelle dérive des coûts. La vigilance donc reste de mise, pour les artisans comme pour leurs clients.
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