Paris : quand le loyer grignote le revenu des locataires

La moitié des locataires parisiens consacre plus de 34% de son revenu au loyer, et 51% y laisse plus des deux tiers.
La moitié des locataires parisiens du privé consacre plus de 34% de son revenu au loyer, et un sur cinq y laisse plus des deux tiers.
Basile Morin Wikimedia commons

C’est un fait : à Paris, se loger coûte de plus en plus cher. Le constat est connu de tous à travers le pays, mais l’analyse publiée ce mois‑ci par l’Insee Île‑de‑France vient le confirmer chiffres à l’appui. Selon l’institut, la moitié des locataires du parc privé consacre plus de 34% de son revenu disponible au paiement du loyer, hors charges et avant aides au logement. Et pour les 20% de locataires les plus sous pression, souvent des personnes seules, des familles monoparentales, des femmes seules ou des moins de 30 ans, cette part dépasse même 67%.

L’étude indique qu’en moyenne, le loyer hors charges atteint 1 160 euros par mois en 2022, avec des montants qui varient de 850 à 1 860 euros selon les quartiers. Dans le même temps, les salaires ne suivent pas au même rythme : la flambée des loyers renforce donc la pression sur le pouvoir d’achat des ménages, y compris de ceux qui travaillent à temps plein.

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Une étude qui arrive à point nommé, alors que la pérennisation de l’encadrement des loyers se discute au sommet de l’État. À Paris, la nouvelle équipe municipale pousse pour le maintenir. « C’est pour cela que nous demandons au gouvernement de pérenniser d’urgence l’encadrement des loyers, qui doit prendre fin en novembre 2026 si aucun texte de loi n’est voté d’ici là, et de mieux encadrer les compléments de loyers abusifs, le coliving et les baux civils », rappelle sur ses réseaux sociaux Jacques Baudrier, adjoint au logement de la capitale.

Petits logements, gros efforts

Une situation d’autant plus paradoxale que le parc privé parisien est largement dominé par les petites surfaces. Les studios et les deux‑pièces représentent environ deux tiers des logements. Ils sont occupés en majorité par des personnes seules, qui regroupent 58% des locataires, mais aussi par des familles monoparentales et de nombreux jeunes de moins de 30 ans. Pour ces profils, le taux d’effort dépasse souvent les 40% du revenu et, pour un jeune locataire sur deux de moins de 30 ans, plus de la moitié des revenus part dans le loyer. Quant aux femmes seules, la moitié consacre au moins 42% de son revenu disponible au paiement du loyer.

Les aides au logement permettent de limiter un peu la casse, mais ne suffisent pas à rétablir l’équilibre. À Paris, 17% des locataires du parc privé touchent une allocation d’environ 190 euros par mois en moyenne. Un coup de pouce loin d’inverser la tendance : beaucoup d’entre eux continuent de consacrer plus d’un tiers de leurs revenus au loyer.

Un parc privé qui se contracte

Ces tensions sur le marché s’expliquent aussi par l’évolution de l’offre. Entre 2006 et 2022, la capitale a perdu plus de 16 000 logements privés proposés à la location. À l’inverse, le parc locatif a continué de progresser en petite et en grande couronne. À y regarder de plus près, les locations vides ont reculé d’environ 11% entre 2016 et 2022 à Paris, tandis que les meublés ont, eux, augmenté de 32%. Ce segment, plus cher que la location vide, avec des loyers supérieurs de 10 à 15%, concentre des profils plus mobiles et des séjours plus courts.

Quid de l’encadrement des loyers ? Le dispositif joue un rôle de garde‑fou, mais son application reste incomplète. L’institut de statistiques indique que près d’un loyer encadré sur cinq dépasse le plafond autorisé, en particulier dans les petites surfaces très recherchées.

Résultat : derrière cette litanie de chiffres, l’Insee met en lumière une réalité très concrète pour le quotidien des Franciliens. Se loger dans le parc privé signifie consacrer une part importante de ses revenus au loyer et renoncer à d’autres dépenses. Un choix de plus en plus contraint, au moment même où Paris et le reste de la région affichent l’objectif d’offrir un logement abordable à ceux qui y vivent et y travaillent.

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