Sous le soleil du Midi, les ouvriers s’affairent pour achever un nouvel immeuble. Ce n’est ni le premier ni le dernier : à Castelnau‑le‑Lez, près de Montpellier, les constructions poussent comme des champignons. À l’heure de la crise du logement, la nouvelle pourrait sembler positive. Et pourtant.
Depuis quelques semaines, de grandes affiches colorées sont apparues dans cette commune de quelques 26 000 habitants. On y voit quatre hommes penchés sur une maquette de ville façon Lego, accompagnés d’un slogan qui se veut comme un avertissement : « Promoteurs, fini de jouer ». Le nouveau maire, Julien Miro (Renaissance), met à exécution une promesse de campagne : « en terminer avec la bétonisation ». « Je me range aux côtés des habitants, pas du côté des promoteurs », affirme‑t‑il au Figaro.
Sur France 3 Occitanie, l’édile précise : « Nous avons beaucoup trop construit et les équipements n'ont pas suivi. Aujourd'hui, il nous manque une école, de la police, des crèches… Mon enjeu, c’est de défendre les habitants de Castelnau face aux promoteurs et bailleurs défaillants. » Il promet ainsi de mettre un coup d’arrêt aux permis de construire d’immeubles tant que la ville n’aura pas rattrapé son retard en services publics. Pour appuyer son propos, il met en avant la saturation du trafic, des écoles et des équipements, ainsi que la nécessité de limiter l’artificialisation des sols.
Une campagne choc qui divise
Les affiches font parler dans la ville. Elles ne laissent pas insensibles les associations locales qui luttent depuis des années contre certaines opérations d’aménagement et l’artificialisation des terres agricoles, ni l’opposition municipale, notamment à gauche, qui pointent une forme de « politique‑spectacle ». Vent debout également, les promoteurs dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une position radicale et stigmatisante.
Dans un message sur LinkedIn, le président de la FPI Occitanie Méditerranée, Thierry Iacazio, fustige un « discours clivant [qui] n’est pas acceptable pour notre profession ». Soutenu par la FPI France, il ajoute : « Les membres de notre fédération de promoteurs immobiliers n’ont pas pour métier de “jouer” avec l’urbanisme des villes et de les “bétoniser” comme vous le prétendez ! » Pour lui, « les promoteurs sont des partenaires des collectivités pour construire des logements neufs et ainsi loger les citoyens » et « monter des opérations de communication contre les promoteurs n’entre pas dans le rôle des élus locaux au moment où la filière cherche un plan de relance ».
Une « guerre aux promoteurs » en pleine crise du logement
Des professionnels rappellent d’ailleurs que les maires disposent déjà d’outils pour mieux encadrer les projets : chartes de qualité, obligations de mixité sociale, encadrement des hauteurs, quotas de logements abordables, clauses environnementales, recours plus systématique à la concertation.
Ce bras de fer local intervient alors que la production de logements neufs recule, que les mises en chantier chutent, et que de nombreux ménages peinent à trouver un logement dans les zones tendues. Le tout dans un contexte de normes de plus en plus contraignantes, notamment avec l’objectif de « zéro artificialisation nette » qui impose de consommer moins de foncier. Un tableau qui pousse certains maires, coincés entre protection des sols, infrastructures saturées et pression de riverains hostiles à la densification, à « serrer la vis » sur les permis de construire. Reste à savoir si cette « guerre aux promoteurs » protège réellement les habitants ou si elle risque, à terme, d’alimenter un blocage supplémentaire de l’offre dans un marché déjà en tension.





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