Canicules : quand le parc immobilier prend de plein fouet la chaleur

Appartements qui surchauffent, logements pensés pour l'hiver : l'été venu, la France découvre une autre forme de mal-logement
Appartements qui surchauffent, logements pensés pour l'hiver : l'été venu, la France découvre une autre forme de mal-logement
Francesco Ungaro Pexels

Côté température, la France voit rouge. Celui, vif, des thermomètres qui dépassent par endroits les 40°C. Mardi 23 juin 2026, l’Hexagone a connu la journée la plus chaude de son histoire. Derrière ces chiffres, une réalité s’esquisse: les logements ne suivent pas. Selon une étude menée par le bureau d’études Pouget Consultants pour l’alliance d’industriels IGNES, sur environ 9millions de diagnostics de performance énergétique (DPE), seulement 10% des logements présentent un indicateur de «confort d’été» jugé bon.

Neuf logements sur dix sont donc inadaptés. Ce ressenti est confirmé de longue date: selon la Fondation pour le logement, environ deux tiers des Français disent avoir du mal à supporter la chaleur chez eux l’été. Ainsi, selon l'étude Pouget Consultants 43 % des logements sont insuffisamment équipés en protections solaires extérieures, une part qui grimpe à 50 % pour les maisons individuelles.

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«C’est une galère quotidienne», s’inquiète Anne, la cinquantaine, maman d’un ado de 17 ans. «On ferme tout dès 9 heures le matin, mais quand on revient on est à la limite du sauna!» Sauna ou bouilloire, les termes varient mais ce sont bien les Français qui trinquent. Si Anne habite dans le sud de Paris, dans un appartement au troisième étage, que dire des locataires sous les toits, ou dans les quartiers où la végétation manque. Dans les quartiers populaires, en particulier, la chaleur se ressent davantage.

Un parc pensé pour garder la chaleur… pas pour la rejeter

Expliquer la situation, c’est se replonger dans l’histoire du parc immobilier français. Pendant des décennies, les bâtiments ont été pensés pour garder la chaleur en hiver. À l’époque, difficile d’imaginer des étés caniculaires: vagues ou bulles de chaleur ne faisaient pas partie du vocabulaire quotidien. Résultat: plus de 3,5 millions de logements sont encore classés F ou G au DPE selon le SDES.

Les Français sont encore nombreux à se croire protégés parce qu’ils ont des volets, mais ils ne couvrent pas toutes les façades et sont souvent mal utilisés. Les stores extérieurs et brise‑soleil orientables, très efficaces pour arrêter le rayonnement avant qu’il ne pénètre, restent minoritaires. Quant aux systèmes automatisés, qui descendent les protections dès que le soleil tape, ils restent réservés à une petite minorité de logements.

Dans ce contexte, un logement mal isolé et mal ventilé ressemble plus à un piège qu’à un refuge. La chaleur pénètre le jour, s’accumule dans les murs, puis se restitue la nuit. Résultat : lors de l'épisode précoce de fin mai, les passages aux urgences pour des pathologies liées à la chaleur ont quadruplé, signe que la saison des fortes chaleurs déborde désormais largement le cœur de l'été.

Un tournant politique, mais une adaptation au long cours.

Face à ces épisodes climatiques extrêmes qui démarrent de plus en plus tôt et deviennent de plus en plus intenses, le gouvernement commence à bouger. Le 17 juin, le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a présenté un «plan Endurance» pour adapter les logements aux fortes chaleurs. Au menu: baisse de la TVA sur certaines pompes à chaleur air‑air, facilitation du vote des travaux de rénovation en copropriété et extension de MaPrimeRénov’ aux protections solaires et aux brasseurs d’air dans le cadre de rénovations d’ampleur.

Le parc social n’est pas oublié. L’État demande aux bailleurs de recenser les bâtiments les plus vulnérables et d’intégrer systématiquement le confort d’été dans leurs programmes de rénovation. Pour le neuf, la réglementation environnementale RE2020 prend déjà en compte la capacité des logements à rester «vivables» pendant les périodes de fortes chaleurs: entrée en vigueur en 2022, elle doit encore être renforcée d’ici l’an prochain sur le volet confort d’été.

Une prise de conscience, donc. Le temps presse. Il va désormais falloir la réécrire en prenant en compte la chaleur, si l’on veut éviter que l’été ne devienne, pour une large partie de la population, une saison redoutée, parce qu’invivable.

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