Tour Montparnasse : chronique d'une rénovation en suspens

Les préparatifs avancent, mais le chantier à 800 millions d'euros reste suspendu à un accord entre copropriétaires.
Les préparatifs avancent, mais le chantier à 800 millions d'euros reste suspendu à un accord entre copropriétaires.
Guillaume Speurt Wikimedia commons

Klaxons, roulettes de valises, foule pressée : à Montparnasse, l'effervescence ne retombe jamais vraiment. Sauf depuis le 31 mars. À quelques pas de la gare, la tour de 210 mètres est vide. Les bureaux sont fermés, l'observatoire du 56e étage et son restaurant panoramique, avec vue imprenable sur la tour Eiffel, n'accueillent plus de visiteurs. Dans l'édifice inauguré en 1973, le silence a remplacé l'agitation.

Cela fait des années que sa rénovation est annoncée. Études, plans, promesses : le dossier a longtemps eu des allures de serpent de mer. Branle-bas de combat à la tour Montparnasse ? Pas tout à fait. La grande métamorphose est loin d'être acquise. Façade vitrée, terrasses plantées, hôtel, commerces, serre agricole au sommet : le projet paraît aujourd'hui plus incertain que jamais. En cause : les divisions entre les propriétaires de l'immeuble.

Publicité

Au centre du blocage : la facture. En 2017, lors de la présentation du projet, elle dépassait à peine les 300 millions d'euros. La dernière estimation approche désormais 800 millions. Un montant qui a refroidi les ardeurs, à commencer par celles de LFPI (La Financière Patrimoniale d’Investissement),  principal copropriétaire de l'édifice du XVe arrondissement (environ 30 % de l’immeuble). Face à la difficulté de convaincre ses banques, le groupe a fait savoir le 21 juillet qu'il ne soutenait plus l'opération et a voté contre le lancement du chantier dans sa version la plus ambitieuse.

Les autres copropriétaires ont tout de même réuni une majorité pour une première étape : vider la tour de ses cloisons et de ses équipements, retirer l'amiante et déposer la façade jusqu'au quatrième étage. Ces travaux, prévus pour septembre et annoncés pour deux ans, restent suspendus à la résolution de plusieurs différends. Et à une condition passée presque inaperçue : si, au 11 septembre, 95 % des 41 millions d'euros d'appels de fonds ne sont pas réunis, le curage ne démarrera pas. Autrement dit, il suffit à LFPI de ne pas régler sa part pour tout figer. Pour l'heure, les préparatifs et un chantier test de désamiantage se poursuivent.

L'hôtel, nerf du conflit

Le désaccord ne concerne pas seulement le montant du chèque. Il porte aussi sur les mètres carrés et les recettes à venir. Pour ouvrir un hôtel, les copropriétaires doivent réunir plusieurs niveaux détenus par différentes sociétés. Le hic, c'est que les échanges de surfaces nécessaires ne sont pas finalisés. Difficile de trouver un terrain d'entente. Le contrat d'exploitation du toit-terrasse, au sommet de la tour, est lui aussi sensible : le lieu est à la fois une vitrine touristique et une source de revenus.

La MGEN, qui détient 18 % de la tour et continue de soutenir le projet, souligne que l'assemblée générale a bien validé les mesures nécessaires à sa poursuite, notamment la préparation du désamiantage. Mais cette même assemblée « cristallise également d'importantes dissensions internes susceptibles d'en compromettre l'aboutissement », selon des propos rapportés par l'AFP. Les propriétaires s'accordent sur la nécessité de préparer le bâtiment, sans parvenir encore à s'entendre sur son avenir.

Paris tente de remettre tout le monde à table

Le calendrier, lui, n'attend pas. Le dimanche 26 juillet, des éléments vitrés se sont détachés de la façade. Un périmètre de sécurité a été installé au pied de la tour. Le lendemain, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, réunissait les principaux copropriétaires. La rencontre a permis de « poser les bases » d'un échange, selon son entourage à l'AFP. Un nouveau rendez-vous est prévu d'ici à la fin de l'été.

Une nouvelle assemblée générale doit se tenir à la rentrée. Au-delà du désamiantage, elle devra tenter de remettre les propriétaires d'accord sur le reste : la taille du projet, la répartition des surfaces et le financement. Avec une échéance de plus en plus proche : le permis de construire actuel expire en novembre. Pas une mince affaire. 53 ans après son inauguration, la tour attend toujours de savoir de quoi sera fait son avenir.

Pour pouvoir laisser un commentaire, vous devez Vous connecter avec votre compte