Et si la peinture quittait la toile pour investir les espaces de la maison ? Elliot Zontone a pris cette idée au pied de la lettre : il peint au fond des piscines. Avec son projet Art Splash, l’artiste français à la tête du Zontone Studio transforme les bassins en véritables œuvres d’art monumentales, où les compositions dialoguent avec l’architecture, la lumière et les mouvements de l’eau.
Mais son travail ne se limite pas aux piscines. Après avoir réalisé des fresques murales au Château Séverus, à Saint-Émilion, et au Château du Palanquey, il prépare aujourd’hui 36 œuvres originales destinées aux chambres d’un hôtel quatre étoiles à Paris. Dans un entretien accordé à idealista/news, Elliot Zontone évoque une démarche artistique à la croisée de deux univers : la liberté créative du peintre et les contraintes techniques imposées par le béton, le chlore et les systèmes de filtration.
En France, l’intégration de l’art dans l’architecture s’inscrit dans une longue tradition, des fresques décoratives aux mosaïques qui habillent les murs et les bassins. Mais Elliot Zontone pousse cette approche plus loin, tant par l’échelle de ses créations que par sa démarche artistique : le fond de la piscine n’est plus une simple surface bleue, mais devient une œuvre à part entière, au cœur de l’identité esthétique de la maison.
- Comment Art Splash transforme-t-il les piscines en œuvres d’art ?
- Comment peindre une œuvre destinée à rester sous l’eau ?
- Des vignobles de Saint-Émilion aux 36 fresques d’un hôtel parisien
- Investir dans une œuvre d’art indissociable de son logement
- L’art sur mesure pour rompre avec l’uniformité des intérieurs
Comment Art Splash transforme-t-il les piscines en œuvres d’art ?
Le concept est simple : transformer l’un des espaces les plus oubliés de la maison en une œuvre d’art qui évolue au fil de la journée. Chaque création Art Splash est réalisée sur mesure. Les lignes épousent les formes du bassin, les couleurs jouent avec la lumière naturelle et l’eau agit comme un filtre vivant, modifiant sans cesse la perception de la composition. Vue d’en haut, l’œuvre révèle toute sa puissance graphique ; depuis l’intérieur du bassin, elle devient une expérience immersive et sensorielle.
C’est précisément cette instabilité qui m’intéresse. Lorsque je conçois une œuvre destinée à une piscine, je ne cherche pas à figer une image. J’essaie de créer une composition suffisamment forte pour exister malgré les transformations provoquées par l’eau, tout en restant assez ouverte pour accueillir ces variations.
Le résultat bouscule notre manière traditionnelle de regarder une peinture. « Sur une toile, le cadre délimite l’œuvre et lui donne une certaine stabilité. Dans une piscine, il n’existe plus de point de vue fixe : l’œuvre se découvre depuis le bord du bassin, une terrasse, l’intérieur de l’eau ou les étages d’un bâtiment. La peinture devient vivante, presque cinématographique. Elle ne se révèle jamais tout à fait de la même manière », explique Elliot Zontone.
Même les baigneurs participent à cette expérience artistique. « Le nageur lui-même devient un élément de la composition : son corps traverse l’image, la fragmente et la met en mouvement. »
Comment peindre une œuvre destinée à rester sous l’eau ?
Une piscine est avant tout un espace soumis à de nombreuses contraintes techniques : traitements chimiques, systèmes de filtration, entretien régulier et utilisation intensive. Y réaliser une peinture implique donc de concilier liberté artistique et maîtrise des matériaux.
« Peindre une piscine exige de faire dialoguer deux univers qui, à première vue, semblent éloignés : la liberté du geste artistique et une grande rigueur technique. Je dois prendre en compte le support, l’étanchéité, la préparation de la surface, l’adhérence des différentes couches, les temps de séchage, les produits de traitement de l’eau et les méthodes d’entretien », détaille l’artiste.
Ici, rien n’est laissé à l’improvisation. « Avant de commencer, le support doit être parfaitement préparé : nettoyé, dégraissé, légèrement poncé si nécessaire, puis recouvert d’un primaire adapté. J’utilise ensuite une peinture polyuréthane bicomposante, choisie pour sa résistance aux agressions chimiques et aux intempéries, avant d’appliquer une protection adaptée au projet », précise Elliot Zontone.
Je ne considère pas ces contraintes comme une limite à mon travail, mais plutôt comme un nouveau langage artistique. Elles m’obligent à anticiper les gestes, les superpositions et les temps d’intervention. Dans certaines conditions, je ne peux pas revenir indéfiniment sur une zone, comme je le ferais sur une toile.
Mais comment une peinture immergée vieillit-elle au fil du temps ? La réponse se situe, là encore, à la croisée de l’art et de l’architecture.
« Une œuvre immergée vieillit à la fois comme une peinture et comme une maison. Elle reste une création artistique, avec ses couleurs et sa sensibilité, mais devient aussi partie intégrante du bâtiment. Sa longévité dépend de la qualité de sa réalisation, mais également de l’entretien de la piscine, de l’équilibre de l’eau et du respect des recommandations de nettoyage. Elle doit être pensée comme une œuvre durable, qui se conserve au même titre qu’un élément architectural », résume l’artiste.
Autrement dit, intégrer une œuvre d’art au fond d’une piscine implique de prendre en compte les mêmes exigences techniques et d’entretien que pour le reste de la construction. Un aspect essentiel à anticiper dès la conception du projet, au même titre que les contraintes liées à la construction d’une piscine chez soi.
Des vignobles de Saint-Émilion aux 36 fresques d’un hôtel parisien
Les fresques murales occupent une place centrale dans le travail d’Elliot Zontone. Certaines de ses commandes les plus exigeantes l’ont conduit à intervenir dans des bâtiments chargés d’histoire. Au Château Séverus, à Saint-Émilion, son œuvre s’inscrit dans le patrimoine viticole bordelais. Au Château du Palanquey, un hôtel de luxe, sa création contemporaine dialogue avec l’élégance classique de l’architecture. Mais son projet le plus ambitieux est actuellement en cours à Paris : la réalisation de 36 fresques originales destinées aux chambres d’un hôtel quatre étoiles.
Face à des murs chargés d’histoire, l’approche de l’artiste évolue. « Lorsque j’interviens dans un lieu historique, je commence toujours par l’écouter. L’architecture possède déjà une identité, des proportions, des matériaux, une lumière et parfois même une mémoire collective. Mon rôle n’est pas de recouvrir cette histoire ni de m’imposer à elle, mais de trouver comment mon univers artistique peut dialoguer avec l’existant », confie-t-il à idealista/news.
À Paris, le défi est différent. « Les 36 œuvres doivent être originales et posséder chacune leur propre identité, tout en s’inscrivant dans un ensemble cohérent. Il faut créer une continuité sans tomber dans la répétition. »
Pour y parvenir, l’artiste adapte sa démarche à chaque espace. Il étudie les volumes, la circulation, la fonction des pièces, la lumière naturelle et la manière dont les occupants vont s'approprier les lieux.
« L’architecture devient presque un commanditaire silencieux : elle impose certaines limites, mais fournit aussi une multitude d’informations. Une intervention réussie doit donner l’impression d’avoir toujours fait partie du lieu, tout en lui apportant quelque chose qui n’existait pas auparavant », souligne-t-il.
Investir dans une œuvre d’art indissociable de son logement
De plus en plus de propriétaires choisissent de faire réaliser des fresques murales dans leur salon, leur cuisine ou leur chambre. Un domaine dans lequel Elliot Zontone intervient également.
Mais contrairement à un tableau traditionnel, une œuvre peinte directement sur un mur ou au fond d’une piscine ne peut être ni déplacée lors d’un déménagement ni vendue séparément aux enchères. Dès lors, que recherche réellement le propriétaire qui passe commande : une création artistique, un élément architectural ou un moyen de valoriser son bien immobilier ?
« Les trois à la fois, mais surtout une expérience qui n’existera nulle part ailleurs. Une œuvre créée in situ est indissociable de son environnement : elle modifie la perception d’une pièce, accompagne le quotidien et finit par participer à l’identité du lieu », répond l’artiste.
Paradoxalement, l’impossibilité de déplacer l’œuvre lui confère, selon lui, une force particulière. « Le propriétaire ne choisit pas simplement un objet ; il accepte de transformer durablement son espace et d’inscrire une œuvre dans son histoire. »
La dimension patrimoniale existe, mais elle mérite d’être nuancée. « Il y a évidemment une dimension architecturale, puisque la fresque agit sur les volumes, les perspectives et l’atmosphère. Elle peut également apporter une singularité au lieu et, par conséquent, une valeur supplémentaire au bien immobilier. Mais cette valeur ne se résume pas à une estimation financière. Elle est aussi émotionnelle, culturelle et narrative. On ne parle plus simplement d’une maison avec piscine ou d’un salon décoré, mais d’un lieu dont l’identité repose sur une œuvre spécialement conçue pour lui », souligne Elliot Zontone.
Cette approche fait écho à une tendance bien connue des professionnels de la décoration intérieure : l’art permet de personnaliser un logement et de lui donner une identité que les objets standardisés ne peuvent pas toujours offrir.
L’art sur mesure pour rompre avec l’uniformité des intérieurs
Pour Elliot Zontone, le projet Art Splash constitue également une réponse à la standardisation croissante des espaces de vie.
« Je ne dirais pas que c’est le seul moyen, mais c’est certainement l’un des plus radicaux. Nous vivons à une époque où les mêmes références, les mêmes matériaux et les mêmes images circulent partout. De nombreux intérieurs haut de gamme finissent par se ressembler, même lorsqu’ils sont parfaitement réalisés », observe-t-il.
La solution réside, selon lui, dans le lien unique qui unit une œuvre à son environnement. « Une création réalisée spécialement pour un lieu échappe à cette standardisation. Elle naît d’une architecture précise, d’une lumière particulière, de la personnalité des propriétaires et de mon propre regard à un moment donné. Elle ne peut pas être reproduite à l’identique ailleurs. »
Pour autant, tous les projets ne voient pas nécessairement le jour. L’artiste explique qu’il refuse rarement un espace par manque d’inspiration immédiate. Certains lieux demandent simplement davantage de temps et d’observation avant de révéler leur potentiel.
En revanche, il pose une limite claire : « Je peux refuser un projet lorsqu’on attend de moi une simple reproduction décorative, sans liberté artistique ni véritable dialogue avec le lieu. J’ai besoin qu’il existe une relation de confiance et une volonté commune de créer quelque chose d’unique.





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