MaPrimeRénov’ bloquée : chantiers suspendus, filière sous pression

Dossiers bloqués, travaux gelés et artisans du bâtiment en première ligne de la crise, la mesure est suspendue faute de budget.
Dossiers bloqués, travaux gelés et artisans du bâtiment en première ligne de la crise, la mesure est suspendue faute de budget.
Mathias Reding Pexels

À l’arrêt. La suspension de MaPrimeRénov’ au 1er janvier 2026 laisse un paysage de rénovation énergétique dans l’expectative, coincé entre impasse budgétaire et crise de confiance pour les ménages comme pour les artisans.

Un pilier de la rénovation stoppé net

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« Pas de budget, pas de guichet ». La formule du ministre du Logement Vincent Jeanbrun, lâchée en fin d’année, a le mérite d’être limpide. Faute de loi de finances 2026 adoptée au Parlement, le guichet de MaPrimeRénov’ est fermé depuis le 1er janvier, la loi spéciale ne faisant que reconduire le budget précédent en mode « service minimum » et gelant les dépenses non contractuelles. Le pilier des aides à la rénovation énergétique, géré par l’Anah (Agence nationale de l’habitat) et mobilisé pour l’isolation, le changement de chauffage ou les rénovations globales, avait déjà été suspendu début 2025 puis partiellement durant l’été, avant de subir un nouveau coup d’arrêt en plein hiver énergétique.

Dossiers gelés, chantiers à l’arrêt

Ainsi, tous les nouveaux dépôts de dossiers sont impossibles depuis le début de l'année, et les dossiers déposés mais non validés avant le 31 décembre 2025 restent en suspens, sans possibilité de versement tant que le budget n’est pas adopté et que la plateforme n’est pas rouverte. Seuls les ménages ayant déjà reçu une notification formelle d’octroi peuvent, en principe, poursuivre leurs travaux et espérer le paiement de l’aide, ce qui pousse les autres à geler leurs chantiers ou à renégocier les devis avec les entreprises. Pour beaucoup de propriétaires, notamment dans les territoires où le parc ancien et mal isolé est dominant, projets de rénovation globale et changements de chaudière sont reportés sans date fixe. Pire, certains sont même abandonnés. Une surprise en quelque sorte alors que l’exécutif affichait encore l’objectif de 120 000 logements rénovés en 2026.

Un « nouveau coup dur » pour les artisans

Pour la filière, le coup est rude et brutal. La Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) chiffre à 2% la part d’activité menacée par cette suspension. Une très mauvaise nouvelle, sachant que le secteur est déjà en net recul depuis deux ans. On parle même d’une « catastrophe » pour les petites entreprises du bâtiment. Pour plusieurs artisans, le dispositif MaPrimeRénov’ représentait jusqu’à la moitié de leurs chantiers de rénovation énergétique. En toile de fond, près de 80 000 dossiers étaient déjà en cours d’instruction fin 2025, dont des dizaines de milliers pour des maisons individuelles et des copropriétés, autant de projets désormais pris dans un goulot d’étranglement administratif.

Une suspension « temporaire » qui entretient le flou

Si officiellement la suspension est présentée comme une mesure temporaire puisque le dispositif dépend du vote du budget 2026, l’horizon est loin d’être dégagé. Par ailleurs, la menace d’une dissolution de l’Assemblée nationale au printemps, évoquée par plusieurs médias, ne permet pas d’avoir une vision sur le long terme. En attendant, les pouvoirs publics renvoient les ménages vers d’autres leviers qui ne compensent que partiellement l’absence de MaPrimeRénov’, surtout pour les rénovations d’ampleur et les propriétaires modestes pour qui la prime faisait office de véritable « chèque travaux ». Pour la filière rénovation, cette nouvelle pause illustre un paradoxe devenu très courant : l’urgence climatique est martelée dans les discours, tandis que l’instrument central de la rénovation énergétique se retrouve, une fois encore, paralysé par la mécanique budgétaire et politique. 

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