Un cap important sera franchi pour des milliers de copropriétés françaises. La loi Climat et Résilience accélère ses effets : diagnostics énergétiques, plans de travaux et constitution de fonds s’imposent désormais comme la règle. Derrière ces obligations, une question centrale : comment les immeubles mal isolés vont-ils financer leur mise à niveau ?
Depuis le 1er janvier 2024, les grandes copropriétés de plus de 200 lots doivent disposer d’un diagnostic de performance énergétique collectif (DPE). En 2025, au tour des ensembles de 50 à 200 logements d’y passer. Puis, au 1er janvier 2026, même les plus petites copropriétés seront concernées. Objectif : établir une photographie claire de la consommation d’énergie de l’immeuble et identifier les travaux prioritaires. Parallèlement, toutes les copropriétés de plus de 15 ans devront désormais présenter un plan pluriannuel de travaux (PPT) étalé sur dix ans, intégrant notamment la rénovation énergétique.
Faire un DPE collectif représente un budget qui varie selon la taille de l’immeuble. Quant aux travaux eux-mêmes, la facture peut grimper vite : isolation des façades, reprise des toitures, changement des chaudières collectives ou encore ventilation performante. Pour une copropriété des années 1970, mal isolée, il faut souvent compter plusieurs dizaines de milliers d’euros par logement pour espérer sortir des classes énergétiques F ou G.
À cela s’ajoute la complexité du calendrier : étude, vote en assemblée générale, recherche d’aides puis réalisation. Les délais se chiffrent souvent en années. « Une copropriété qui se réveille en 2025 risque d’être déjà en retard », préviennent les experts.
Des aides substantielles… mais sous conditions
Pour éviter l’asphyxie financière, plusieurs dispositifs sont mobilisables. MaPrimeRénov’ Copropriété peut financer jusqu’à 25 000 € par logement, soit entre 30 et 45% du montant des travaux, avec des bonus pour les immeubles considérés comme fragiles. Les copropriétaires peuvent aussi recourir à l’éco-prêt à taux zéro collectif, aux certificats d’économies d’énergie (CEE), ou encore à des subventions locales. Mais ces aides nécessitent souvent de passer par une assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) et de garantir un gain énergétique d’au moins 35%. Autrement dit : impossible de se limiter à de simples remises en peinture, il faut s’attaquer à la performance de l’immeuble.
Un enjeu financier et immobilier
Au-delà de la contrainte réglementaire, les bénéfices sont réels. Les copropriétaires qui engagent des rénovations sérieuses voient leurs charges de chauffage baisser, leur confort thermique s’améliorer et la valeur de leur bien progresser. Dans un marché immobilier où la performance énergétique devient un critère décisif, rester en classe F ou G, c’est prendre le risque d’une décote importante, voire d’une interdiction de location.
La rénovation énergétique des copropriétés est l’un des grands chantiers du logement français. L’Agence nationale de l’habitat (Anah) estime que 4,8 millions de logements en copropriété sont potentiellement concernés, dont environ deux millions classés comme passoires thermiques. Le calendrier réglementaire ne laisse guère de répit : 2025 est l’année charnière où chaque syndicat de copropriété devra avoir engagé une stratégie.
Reste la question de la gouvernance : convaincre des dizaines, parfois des centaines de copropriétaires, de voter des travaux coûteux et contraignants. Un défi aussi humain que financier
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