« Ce n’est pas la qualité de vie qui fait partir des familles, c’est le prix du mètre carré. » Dès son investiture, Emmanuel Grégoire, nouveau maire de la capitale, a donné le ton. Le logement est sa « priorité numéro un ». Objectif : Paris doit rester une ville où l’on peut encore « rêver de s’installer ». Un message adressé aux ménages qui ne peuvent plus suivre la hausse des loyers et des prix.
La capitale ne doit pas, donc, devenir une ville réservée aux foyers aisés et aux touristes. Grégoire promet donc la création de 60 000 logements publics sur sa mandature : la moitié de logements sociaux pour les ménages modestes et l’autre moitié de logements dits « abordables » pour les classes moyennes. La municipalité évoque des prix environ 25% plus bas que le marché et un encadrement anti‑spéculation. À plus long terme, Paris vise 40% de logements publics à l’horizon 2035.
Un défi sur six ans
L’ampleur de la tâche se mesure facilement. En 2025, la production de logements publics (sociaux et abordables confondus) à Paris tournait autour de 4 500 unités par an selon les chiffres avancés par la mairie. Pour tenir la promesse du maire, il faudrait dépasser les 8 000 logements publics annuels. Le budget prévu pour 2026 atteint 600 millions d’euros. Ambitieux, dans une ville déjà extrêmement dense.
Pour réaliser cette promesse, la mairie mise sur plusieurs leviers. D’abord le rachat d’immeubles, souvent anciens, afin de les transformer en logements sociaux. Autre piste : la conversion de bureaux en logements, déjà identifiés notamment dans l’est de la capitale. Problème : ces transformations n’ont fourni jusqu’ici que quelques centaines de logements par an, loin des milliers nécessaires. Troisième piste : la densification « fine », c’est‑à‑dire l’ajout d’étages sur des immeubles existants, pour créer de nouveaux logements sans consommer de terrain au sol.
Le parc existant ne sera pas en reste, avec une brigade du logement. Son rôle : traquer les appartements découpés en tout petits logements insalubres loués à prix fort, et sanctionner les abus de propriétaires. Au cœur de sa campagne pour les municipales, les locations touristiques illégales sont également dans le viseur de Grégoire. Il a promis de durcir le ton et les autorisation. Objectif affiché : « remettre 100 000 logements sur le marché » à terme. Pour lui, la lutte contre la spéculation et l’usage touristique des logements est le complément indispensable à la construction de nouveaux logements publics.
Des logements sociaux mais une ville qui se vide
Le maire veut aller plus loin et place le logement au centre de son projet. Pourtant, Paris a déjà largement renforcé son parc social : sa part est passée d’environ 13% au début des années 2000 à près de 25% aujourd’hui, soit environ 700 000 personnes logées en HLM.
Pourtant, cela n’empêche pas la progression des prix ni le recul du nombre d’habitants. Entre 2011 et 2020, Paris a gagné environ 37 000 logements, mais perdu près de 35 000 résidences principales, tandis que le nombre de logements inoccupés a bondi de 191 000 à 262 000, soit près d’un logement sur cinq, selon l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme). Ajoutez à cela la montée des plateformes de location de courte durée, qui ont vampirisé une partie du parc locatif dans le centre‑ville, et le cocktail devient explosif.
Paris se veut donc une ville accessible mais très régulée. L’ambition est forte parce que l’urgence est immense, dans une capitale où se loger relève souvent du casse‑tête financier. Si la ville peut devenir un laboratoire pour d’autres capitales européennes, reste la question de la faisabilité. Derrière le chiffre des 60 000 logements publics supplémentaires, la mairie parviendra‑t‑elle vraiment à presque doubler sa production, dans un espace saturé et avec des contraintes budgétaires bien réelles ? Le mandat d’un maire en France dure six ans.
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