L’île d’Oléron, ses plages, son air marin, son ostréiculture et sa lumière si particulière. Deuxième territoire insulaire de France métropolitaine après la Corse, ce bout de terre de Charente‑Maritime souffre pourtant du surtourisme. Pour dire stop, la communauté de communes a mis en place une prime à la conversion.
Décision prise en 2025 et mise en place au 1er janvier 2026. « Il y a un besoin urgent de régulation. Nous ne pouvons plus loger nos salariés. Cela met en cause notre équilibre économique, avec des conséquences concrètes comme la fermeture de classes », rappelait l’an passé Michel Parent, président de la communauté de communes (et maire du Château‑d’Oléron).
Nom de l’opération : « Louons à l’année ». Concrètement, la prime varie entre 5 000 et 10 000 euros selon le logement. En échange de ce chèque, un propriétaire accepte de renoncer à la location touristique et de remettre son bien sur le marché locatif à l’année. Objectif : desserrer un marché locatif en très forte tension, sur une île où les habitants ont de plus en plus de mal à se loger.
Les règles : le propriétaire s’engage à en faire une résidence principale, louée à l’année pendant au moins quatre ans. Les autorités locales versent alors une partie de la prime à la signature du bail, puis les paiements sont étalés dans le temps jusqu’à la fin de cet engagement.
Une île saturée par les meublés de tourisme
Un pari osé ? La situation devenait surtout urgente. En quelques années, le nombre de meublés touristiques a doublé pour dépasser les 4 000 unités sur l’ensemble de l’île, selon la communauté de communes d’Oléron. Avec, à la clé, un schéma assez classique : une offre de logements à l’année qui se réduit, des loyers qui augmentent, et des salariés, familles ou saisonniers qui peinent à trouver un toit, même en dehors de l’été.
Face à ce scénario, les élus ont décidé d’agir sur plusieurs leviers : quotas de meublés commune par commune, limitation du nombre de biens touristiques par propriétaire, obligation de déclaration et de numéro d’enregistrement. Pour cela, la communauté de communes s’appuie sur la loi Le Meur, qui permet aux communes situées en zone tendue de durcir les règles applicables aux meublés de tourisme, voire de réduire la durée maximale de location de la résidence principale.
Dans ce cadre, la prime à la conversion joue clairement le rôle de carotte face au bâton réglementaire. À ce jour, une petite vingtaine de propriétaires a déjà accepté l’offre, pour un montant moyen de prime d’environ 8 000 euros. Un résultat jugé « très significatif » par Michel Parent. La collectivité a prévu un financement annuel de 500 000 euros.
Des millions récupérés auprès des plateformes
Paradoxe de la situation : le dispositif à Oléron devrait être financé en grande partie par l’argent des plateformes de location. La collectivité a en effet remporté plusieurs contentieux liés à la taxe de séjour. Selon la presse Le Bon Coin a ainsi été condamné à payer 410 000 euros, et Airbnb à régler 8,6 millions d'euros.
Oléron peut‑elle servir d’exemple pour le reste de la France ? Si des initiatives similaires ont été observées sur la côte Atlantique (aux Sables‑d’Olonne notamment), la communauté de communes va plus loin en combinant quotas, encadrement des meublés et prime financière. Une sorte de laboratoire, qui pourrait inspirer d’autres territoires confrontés à un surtourisme : attractif sur le plan économique, mais de plus en plus difficile à vivre pour les locaux.
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