Face au projet de loi qui accorderait un délai aux propriétaires de passoires thermiques pour continuer à louer, la Fondation pour le logement des défavorisés monte au créneau. Par la voix de son directeur des études, Manuel Domergue, elle réclame des contreparties : une baisse des loyers comme il l'a expliqué sur la radio ICI : "c'est le locataire qui subit la précarité énergétique, qui paye les factures de chauffage, et c'est la faute du propriétaire".
Rembobinons. Le 23 avril dernier, le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, ont présenté un projet de loi qui changerait les règles du jeu. En effet, les propriétaires de passoires thermiques, c'est-à-dire les logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE), pourraient revenir sur le marché de la location. Une condition tout de même : s'engager à réaliser des travaux de rénovation dans un délai de trois ans pour les maisons et cinq pour les appartements en copropriété. Un laps de temps dans lequel le logement doit avoir quitté le statut de passoire thermique. Derrière tout ça, l'objectif est de remettre entre 650 000 et 700 000 logements sur le marché locatif d'ici 2028.
Un calendrier précis
Au total, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique : au 1er janvier 2026, environ 5,4 millions de logements sont considérés comme des passoires thermiques en France. Dans le détail : 453 000 logements du parc locatif privé classés G (déjà soumis à l'interdiction d'être loués depuis janvier 2025), 693 000 classés F (ils seront concernés par cette interdiction dans moins de deux ans). L'interdiction s'étendra ensuite aux logements classés E en 2034.
Depuis août 2022, la loi Climat et Résilience interdit toute augmentation de loyer sur l'ensemble des logements classés F ou G. Pour le propriétaire, les revenus locatifs sont donc gelés jusqu'à ce qu'il réalise des travaux de rénovation énergétique.
Les locataires paient le prix fort
Pour les locataires, le contexte est tout autre. Ainsi, si les propriétaires peuvent continuer à louer des logements G ou F, la Fondation pour le logement des personnes défavorisées réclame une baisse de 30% des loyers ou du plafond quand il existe un encadrement. "Il n'y a pas de raison que ce soit le locataire qui paye le retard accumulé", martèle Manuel Domergue sur ICI. Chiffres à l'appui selon le 31e rapport de la Fondation : 74% des ménages ont restreint le chauffage en 2025 pour maîtriser leurs factures. C'est 22 points de plus qu'en 2020 ! Plus inquiétant encore : 35% des ménages déclarent avoir souffert du froid dans leur logement l'an passé. Le chiffre était à 30% il y a deux ans.
Par ailleurs, si la Fondation ne s'oppose pas au délai, elle veut s'assurer que "les travaux soient votés et engagés", quitte à ce que les propriétaires perçoivent un loyer moindre. Pas question de supporter le coût de l'inaction des bailleurs. Le signal est clair : louer une passoire thermique devient de plus en plus contraignant et coûteux pour les propriétaires. Pour rappel : 4,2 millions de personnes sont en situation de mal-logement en France, et 12,3 millions sont fragilisées par rapport au logement.
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