Le grand retour des poêles et cheminées en France

Face à la hausse de l’énergie, les Français redécouvrent le charme du bois, entre économie, confort et nostalgie
Face à la hausse de l’énergie, les Français redécouvrent le charme du bois, entre économie, confort et nostalgie
Mathias Reding Pexels

« Dans le village, on en voit partout. Trois maisons sont en travaux pour ça. » Pour Jeanne, la soixantaine, habitante d’un village au sud de Roanne, dans la Loire, le constat est clair : la cheminée revient à la mode. « Avec le prix de l’électricité, je les comprends. Le bois fait son grand retour », s’exclame-t-elle, tout sourire. Elle n’a pas succombé à la tentation, mais sa voisine, Marine, a plongé dedans : « C’est beau, ça chauffe bien et on n’a plus la dépendance de l’électricité et des comptes d’apothicaire qu’on doit faire pour ne pas trop dépenser. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Observatoire des énergies renouvelables (Observ’ER), près de 297 000 appareils de chauffage au bois ont été vendus en 2024 en France. Les poêles à granulés – appelés « pellets » – connaissent un essor soutenu. La flambée du gaz et de l’électricité n’explique pas tout. Certes, la facture énergétique pèse lourd dans le budget des ménages – entre 2 500 et 3 200 euros par an pour une maison moyenne, selon l’Ademe – mais le succès des poêles s’explique aussi par des raisons plus sensibles.

Économie, plaisir et nostalgie

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De fait, le bois reste l’une des énergies les moins chères : le prix moyen du kilowattheure est estimé autour de 0,06 €, contre près de 0,19 € pour l’électricité en 2025. Mais c’est la convivialité, l’esthétique et même la valorisation immobilière qui séduisent de plus en plus d’acheteurs. Une cheminée bien intégrée peut rehausser l’attrait d’un logement, notamment dans les zones rurales et périurbaines.

Ce regain d’intérêt s’inscrit aussi dans une certaine nostalgie. Pendant longtemps, le feu de bois était synonyme de vie familiale et de tradition. Dans les campagnes françaises, la cheminée constituait le cœur de la maison. Aujourd’hui, la modernité des appareils – programmables, connectés, beaucoup plus propres – permet de marier technologie et authenticité. Les fabricants mettent en avant des designs élégants, vitrés, adaptés aux intérieurs contemporains. Résultat : les poêles ne sont plus seulement perçus comme un équipement de chauffage, mais comme un véritable élément de décoration.

Mais des restrictions 

Ce renouveau n’est pas sans limites. Dans les grandes métropoles, les réglementations se durcissent. Paris a interdit l’usage des foyers ouverts depuis 2015, et d’autres collectivités imposent désormais des appareils labellisés « Flamme Verte 7 étoiles », beaucoup plus performants et moins polluants. L’Ademe rappelle que les vieux poêles émettent jusqu’à dix fois plus de particules fines qu’un modèle récent.

Autre frein : la baisse progressive des aides publiques. Le dispositif MaPrimeRénov’ reste accessible, mais les montants ont été réduits en 2025 pour certains équipements. Selon les revenus, l’aide pour un poêle à bois ou à granulés varie désormais entre 1 000 et 2 500 euros. Résultat : le coût d’installation, souvent compris entre 3 000 et 6 000 euros pour un poêle moderne, peut dissuader les ménages les plus modestes. À cela s’ajoute l’incertitude autour de l’approvisionnement en granulés : leur prix, après avoir atteint plus de 650 € la tonne fin 2022, s’est stabilisé autour de 400–450 € depuis 2024.

Pourtant, la demande ne faiblit pas. Les délais d’installation dépassent parfois six mois, tant les carnets de commandes sont pleins. Les professionnels se félicitent d’un engouement qui redonne vie à une filière bois française en pleine structuration, des bûcherons aux fabricants de granulés. Dans certaines régions forestières comme les Vosges ou le Massif central, la filière bois-énergie est redevenue un moteur économique local, créant des emplois et renforçant l’autonomie énergétique des territoires.

Au-delà des chiffres et des réglementations, ce retour du bois dit quelque chose de plus profond. « C’est un choix rationnel mais aussi émotionnel », résume Sandrine, 53 ans, montrant fièrement son poêle. « Mes grands-parents avaient ça dans la maison. Le bruit, la chaleur, voire même l’odeur, c’est une sorte de madeleine de Proust. » Dans son salon, la lueur orangée danse sur les murs, rappelant un temps où l’on se regroupait autour du feu. Un geste ancien qui, en 2025, retrouve toute sa modernité.

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