L'hôtel Lutetia, l’éternelle métamorphose de la Rive Gauche

De Saint-Germain-des-Prés à Mandarin Oriental, le Lutetia traverse plus d’un siècle d’histoire sans perdre son identité.
L'hôtel Lutetia, l’éternelle métamorphose de la Rive Gauche
© Mandarin Oriental Lutetia, Paris

Sur le boulevard Raspail, le Lutetia fait partie du décor depuis plus d’un siècle. Avec sa façade ondulante, ses balcons sculptés et ses décors signés Léon Binet et Paul Belmondo, l’hôtel a accompagné les transformations de la Rive gauche tout en conservant une place à part dans le paysage parisien.

Rénové, transformé, réinventé à plusieurs reprises, il reste aujourd’hui l’un des grands hôtels historiques de la capitale.

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La naissance du Lutetia

L'hôtel Lutetia, l’éternelle métamorphose de la Rive Gauche
Polymagou, CC BY 4.0 - Wikimedia Commons

L’histoire du Lutetia commence en 1910, à deux pas du Bon Marché. À l’origine, l’idée est simple : offrir à la clientèle du grand magasin une adresse où séjourner sur la Rive gauche.

Les architectes Louis-Hippolyte Boileau et Henri Tauzin imaginent un bâtiment très moderne pour l’époque, construit en béton et en verre, avec une façade en pierre sculptée où se mêlent les influences de l’Art nouveau et les prémices de l’Art déco. Gustave Eiffel participe également au projet.

Dès son ouverture, le Lutetia se distingue autant par son architecture que par son ambiance. À rebours des palaces de la rive droite, il s’inscrit dans un autre Paris, celui de Saint-Germain-des-Prés, des artistes, des écrivains et des intellectuels.

Un hôtel au cœur de l’histoire parisienne

Au fil des décennies, le Lutetia devient l’une des adresses emblématiques de la Rive gauche. André Gide y déjeune régulièrement. Charles et Yvonne de Gaulle y passent leur nuit de noces en 1921. Écrivains, artistes, musiciens et personnalités politiques s’y croisent.

Son histoire connaît aussi des heures beaucoup plus sombres. Réquisitionné pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel change totalement de fonction à la Libération, lorsqu’il accueille des déportés de retour des camps et leurs familles venues les attendre.

Dans les années 1950 et 1960, le Lutetia retrouve la vie culturelle de Saint-Germain-des-Prés. Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Juliette Gréco, Boris Vian ou Jean Cocteau comptent parmi les figures associées à cette époque. Plus tard, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert ou encore David Lynch fréquentent à leur tour l’établissement.

Le Lutetia devient très vite un lieu de rendez-vous où se rencontrent plusieurs générations d’artistes et de créateurs. Dans les années 1980, Sonia Rykiel participe à son renouvellement et apporte à certains espaces sa vision très personnelle de l’élégance parisienne.

Quatre années de rénovation

En 2014, le Lutetia ferme ses portes pour une rénovation d’une ampleur exceptionnelle.

Le projet est confié à Jean-Michel Wilmotte, architecte, urbaniste et designer, accompagné d’Alain-Charles Perrot, architecte en chef des Monuments historiques. « Le challenge que nous avions était de redonner vie à un lieu tout en respectant ses racines, son identité, sa personnalité. »

L'hôtel Lutetia, l’éternelle métamorphose de la Rive Gauche
© Mandarin Oriental Lutetia, Paris

Le chantier réserve plusieurs découvertes. Sous différentes couches de peinture réapparaissent notamment des fresques d’Adrien Karbowsky, ainsi que des vitraux et des mosaïques d’époque. Les décors du Bar Joséphine sont restaurés par les Ateliers de Ricou, tandis que les Ateliers Duchemin interviennent sur les vitraux.

La transformation ne se limite pourtant pas à la restauration du patrimoine existant. Jean-Michel Wilmotte repense entièrement l’intérieur de l’hôtel et ouvre notamment un patio destiné à faire entrer davantage de lumière naturelle.

L'hôtel Lutetia, l’éternelle métamorphose de la Rive Gauche
© Mandarin Oriental Lutetia, Paris

Le nombre de chambres et de suites passe de 230 à 184. Bois d’eucalyptus verni, marbre Statuario, bronze et verre composent la nouvelle palette de matériaux.

Une grande partie des éléments est réalisée sur mesure, des luminaires au mobilier en passant par les poignées de portes. Dans certaines suites, les baignoires sont même taillées dans un seul bloc de marbre pesant près d’une tonne.

Le Lutetia rouvre finalement ses portes en juillet 2018. L’année suivante, il obtient la distinction Palace, devenant le seul établissement de cette catégorie situé sur la Rive gauche.

Le Lutetia aujourd’hui

L'hôtel Lutetia, l’éternelle métamorphose de la Rive Gauche
© Mandarin Oriental Lutetia, Paris

Le Lutetia conserve aujourd’hui plusieurs des espaces qui ont contribué à son identité tout en développant une offre très contemporaine. La Brasserie Lutetia propose notamment une cuisine inspirée de la Méditerranée sous la direction du chef Gérald Passedat, trois étoiles Michelin.

L'hôtel Lutetia, l’éternelle métamorphose de la Rive Gauche
© Mandarin Oriental Lutetia, Paris

Au sous-sol, le spa Akasha s’étend sur 700 m² et la Bibliothèque rassemble quelque 1 600 ouvrages dans un décor ponctué de fauteuils Gio Ponti.

Une nouvelle étape s’est ouverte le 3 avril 2025, lorsque l’établissement est devenu Mandarin Oriental Lutetia, Paris. Le changement d’enseigne n’a pas effacé le nom Lutetia, ni ce qui fait la singularité de cette adresse depuis plus d’un siècle. Sur le boulevard Raspail, l’hôtel continue ainsi d’occuper une place à part dans le paysage parisien.

Et s’il fallait résumer son histoire en quelques mots, la devise de Paris lui conviendrait assez bien :

« Fluctuat nec mergitur » - Battu par les flots, mais ne sombre pas.

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