Va‑t‑on vers le grand retour des « passoires énergétiques » ? À en croire le plan logement du gouvernement de Sébastien Lecornu, la réponse est plutôt oui. « Le logement le plus rapide à produire, c’est celui qui est déjà construit », a rappelé le ministre délégué au Logement Guillaume Jeanbrun dans Le Parisien – Aujourd’hui en France, le 24 avril.
Depuis 2025, les logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE) ne peuvent plus être remis en location car considérés comme non décents sur le plan énergétique. Les habitations classées F doivent suivre en 2028, puis celles classées E en 2034. Derrière ce calendrier, la volonté initiale de pousser les propriétaires à rénover, quitte à retirer des centaines de milliers de logements du marché. Mais la crise du logement a rebattu les cartes : alors que le gouvernement dit viser environ 200 000 logements supplémentaires par an pour répondre à la demande, retirer encore des biens du parc apparaît difficilement tenable politiquement.
Relouer F et G en échange d’un engagement de travaux
Dans ce contexte, l’idée de retirer du marché des logements paraît de plus en plus incongrue pour l’exécutif. Objectif pour Jeanbrun « Ne pas mettre des familles à la rue !», comme il l’a répété dans le Parisien-Aujourd’hui en France. Résultat : les logements F ou G font leur retour. Une condition stricte tout de même dans le train de mesures annoncé : le propriétaire doit s’engager à réaliser des travaux de rénovation pour hisser le logement au‑dessus du seuil de non‑décence énergétique. Contrat signé avec une entreprise ou un artisan à l’appui, avec des objectifs fixés dès le départ.
Les délais annoncés sont de trois ans pour effectuer les travaux dans une maison individuelle et de cinq ans pour les logements en copropriété. L’idée du gouvernement n’est pas de renoncer à l’interdiction, mais d’inciter les propriétaires qui le souhaitent à se lancer dans un parcours de rénovation, en leur laissant du temps pour organiser les chantiers et les financer grâce aux loyers perçus entre‑temps.
700 000 logements en jeu et une mesure contestée
En parallèle, la méthode de calcul du DPE doit être ajustée, notamment pour les logements chauffés à l’électricité. Selon les estimations du gouvernement, près de 700 000 logements pourraient sortir du statut de « passoires thermiques » sans le moindre coup de marteau, uniquement par reclassement technique. L’idée est que des propriétaires, souvent décrits par l’exécutif comme modestes, puissent continuer à percevoir un loyer qui les aide à financer des travaux de rénovation.
Cette nouvelle orientation suscite néanmoins des critiques, notamment de la part des associations de défense des locataires et des ONG environnementales. Plusieurs points d’inquiétude reviennent : la crainte de voir des familles continuer à vivre dans des logements mal isolés, chers à chauffer et parfois dégradés ; la peur d’un signal de relâchement dans la lutte contre les passoires ; le risque, enfin, de promesses de travaux sans lendemain. En pratique, qui vérifiera que les engagements écrits des propriétaires sont tenus, alors que les contrôles restent rares et les sanctions peu dissuasives ? Quid également des cas de copropriétés bloquées, incapables de voter les travaux nécessaires ?
Pour sa part, le gouvernement assure qu’il y aura des garde‑fous et que la mesure est pensée comme transitoire. Il n’est pas question, répète‑t‑il, d’abandonner l’interdiction de louer des logements très énergivores. Reste un équilibre fragile, alors que le logement est érigé en priorité de fin de mandat et que chaque recul perçu sur la rénovation énergétique risque d’alimenter les critiques.
Pour pouvoir laisser un commentaire, vous devez Vous connecter avec votre compte