C’est un paradoxe très français : en 2025, 379 222 logements ont reçu un permis de construire, soit 15% de plus qu’en 2024 (330 400), d’après le Service des données et études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique. Pourtant, ce rebond ne rattrape pas tout le retard : le nombre de permis reste 8,8% en deçà de la moyenne des cinq dernières années, ce qui montre que la reprise se fait depuis un point bas inédit.
Le trou d’air de 2024 semble désormais une histoire ancienne et la hausse des autorisations traduit le retour des projets dans les services d’urbanisme des communes. Promoteurs, bailleurs sociaux et constructeurs de maisons individuelles remettent des dossiers en circulation, parfois pour ne pas perdre du foncier ou des droits à construire. Pas de quoi, pour autant, crier victoire : avec près de 9% de retard sur une année “normale”, la France ne retrouve pas le rythme d’avant‑crise. À cette époque, les autorisations de logements dépassaient régulièrement les 400 000 unités par an. De quoi faire dire à plusieurs spécialistes qu’il s’agit plutôt d’une phase de rattrapage partiel qu’une vraie sortie de crise. Conséquence : la tension reste forte sur le logement dans les zones déjà très demandées.
Des chantiers qui ne suivent pas la hausse des autorisations
Dans les chiffres, environ 291 000 logements ont été mis en chantier en 2024, contre 274 611 en 2025, soit un léger recul d’environ 1% selon les estimations publiées fin 2025. Là où les permis rebondissent de 15%, les travaux, eux, restent au point mort ou presque. En 2025, les mises en chantier demeurent 21,3% en dessous de la moyenne des cinq dernières années, selon les données Sitadel publiées par le SDES. La Fédération française du bâtiment alerte d’ailleurs sur “une crise du logement toujours profonde”, malgré quelques signaux de rebond, et prévient que la sortie de crise dépendra de choix budgétaires clairs.
Plus de 100 000 logements coincés entre le plan et la pelle
L’écart entre autorisations et mises en chantier résume à lui seul l’“avarie” actuelle du secteur. En 2025, la France a délivré près de 380 000 permis de construire, mais à peine 275 000 logements ont réellement démarré. Le calcul est donc rapide : entre les bureaux d’études et le premier coup de pelle, ce sont plus de 100 000 projets qui restent en stand-by.
Les raisons de cet écart sont bien identifiées : des coûts de construction toujours élevés, des taux d’intérêt qui pèsent sur la rentabilité des opérations et des ventes plus difficiles, notamment en VEFA (achat sur plan). Conséquence : certains programmes sont découpés en plusieurs phases, redimensionnés ou tout simplement “mis au frigo” quelques mois, le temps de sécuriser le plan de financement ou de retrouver un minimum de visibilité commerciale.
Du côté des ménages, le message est donc clair : une autorisation ne garantit pas le démarrage rapide du chantier ni la livraison à court terme. Autre impact : la hausse des permis masque une réalité moins favorable, l’offre de logements neufs progresse beaucoup plus lentement qu’annoncé, ce qui alimente la tension sur les loyers et les prix à l’achat dans les zones où la demande reste forte.
Un rythme très loin de l’objectif politique
Ce scénario survient alors que le gouvernement affiche un objectif de 400 000 logements construits par an, avec en ligne de mire 2 millions de logements d’ici 2030. Lors d’un déplacement à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le Premier ministre Sébastien Lecornu a rappelé qu’il s’agissait d’une “grande urgence dans le pays” qui “ne pourra pas attendre le grand débat de la présidentielle de 2027”. Pour y parvenir, l’exécutif compte notamment sur “l’épargne des Français pour relancer l’investissement locatif” et sur “un calendrier d’engagements pour simplifier les projets immobiliers”.
Une enveloppe de 500 millions d’euros doit également être versée à environ 700 bailleurs sociaux pour construire plus de logements et accélérer les rénovations, comme indiqué dans le budget 2026. Mais pour passer du “rebond statistique” à une vraie relance, il faudra non seulement continuer à délivrer des permis, mais surtout lever les freins qui empêchent les projets autorisés de se transformer en grues, en chantiers actifs et, au bout de la chaîne, en logements réellement habitables.
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