Logement : une filière en plein doute à l’approche de 2027

Plus d’un pro sur deux est pessimiste, entre explosion des coûts et incertitude politique.
Plus d’un pro sur deux est pessimiste, entre explosion des coûts et incertitude politique.
Maria Orlova Pexels

Il y a longtemps que l’euphorie les a quittés. Pour les promoteurs, aménageurs, bailleurs et acteurs de la rénovation, le constat est clair : le moral est au plus bas. Dévoilé lors des Assises nationales du logement, fin juin à Paris, le baromètre Move donne le ton. Plus d’un professionnel du logement sur deux se dit désormais pessimiste pour les mois à venir, contre « seulement » 44% un an plus tôt. La crise du logement, la hausse des prix et la succession des réformes sont venus alimenter cette morosité.

Les trois quarts des professionnels se disent aujourd’hui inquiets des prix des matériaux. Et les chiffres de la CAPEB confirment cette impression : 92% des TPE subissent de plein fouet la hausse des carburants, tandis que les prix de certains matériaux essentiels grimpent de 20%, voire davantage.

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Le crédit immobilier plombe également l’atmosphère. Depuis que l’on impose un taux d’endettement maximal de 35% et des durées de prêt limitées à 25 ans, les dossiers se heurtent plus souvent à un mur. Résultat : des refus qui s’enchaînent, des projets qui prennent des mois de retard, bref tous les ingrédients d’un mauvais scénario. Pour la filière, le circuit est simple : moins de crédits, moins de ventes, donc moins de chantiers et de perspectives

Cette « jungle » qui fatigue la filière

Dans le détail, le baromètre Move pointe aussi la multiplication, et donc la complexité, des normes et des procédures comme moteur du pessimisme. Permis de construire, contraintes environnementales, formulaires d’aides : beaucoup de professionnels parlent désormais de « jungle » pour décrire le millefeuille administratif dans lequel ils évoluent.

Autre sujet de tension : le diagnostic de performance énergétique (DPE). Selon l’observatoire de l’ADEME, environ 9% des logements sont des passoires thermiques, classées F ou G. La loi Climat et Résilience prévoit l’interdiction progressive de la location de ces logements : les logements G ne peuvent plus faire l’objet d’un nouveau bail depuis 2025, ceux classés F suivront à partir de 2028. Autrement dit, des milliers de propriétaires savent que, sans travaux lourds, leur bien sortira purement et simplement du marché locatif.

Qu’attendre de 2027 ?

Résultat : des clients perdus, des calendriers bousculés et, en bout de chaîne, des acteurs du secteur franchement décontenancés. La tentation est grande, pour certains, de « mettre de côté » cette année 2026 et de se projeter déjà sur 2027. La prochaine présidentielle remettra‑t‑elle le logement au centre du jeu ? Les sondages montrent que 9 Français sur 10 attendent des candidats des mesures pour augmenter l’offre de logements. Les professionnels, eux, espèrent des engagements très concrets : des règles plus simples et plus stables sur le DPE et la rénovation, un accès au crédit mieux sécurisé pour les ménages. Coté investisseurs on souhaite notamment une stratégie assumée face au risque climatique et au coût de l’assurance habitation.

Pour autant, le secteur ne cède pas à la résignation. Le sondage indique que plus d’un tiers des professionnels citent la sobriété énergétique comme un sujet qui redonne du crédit à l’avenir du secteur, en hausse de 7 points en un an. L’intelligence artificielle fait son entrée au même niveau, et 32% des répondants placent le BIM (une maquette numérique du bâtiment partagée entre tous les pros) et la construction bas carbone parmi les leviers sur lesquels ils comptent pour repartir.

Les acteurs du logement épousent, en somme, les craintes et les espoirs des Français en matière de toit. 2027 apparaît comme l’année d’un changement espéré.

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