Sur les bureaux franciliens, la pile ne fait que grossir. Un marqueur criant de la crise du logement social. Un nouveau cap de franchi. Au 31 décembre 2025, les services de l’État ont comptabilisé 933 996 demandes dans la région, selon la direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (Drihl). Au total, 2 058 483 personnes (soit l’équivalent de la population de Paris intramuros) sont concernées par une demande en cours.
La progression est de 5%. Une partie de ces dossiers reste coincée très longtemps dans le système. Ainsi, 21% des demandeurs attendent depuis au moins cinq ans. Plus d’un demandeur sur cinq est engagé dans un véritable parcours du combattant pour un toit adapté à sa situation.
« Le franchissement de ce seuil est symbolique et historique », indique le groupe La Gauche communiste, écologiste et citoyenne du conseil régional d’Île-de-France, « et témoigne d’une région qui s’enfonce dans une crise du logement sans précédent ».
Ce record ne signifie pas que 2 millions de personnes sont sans logement, mais qu’elles sont engagées dans une démarche officielle pour obtenir un logement social. Parmi elles, près de 30% habitent déjà un logement HLM et souhaitent en changer, parce que leur logement est trop petit, trop loin de leur travail ou ne correspond plus à leur situation familiale.
Paris en première ligne de la pression
La capitale concentre le gros des demandes : 327 258 ont été déposées ou renouvelées en 2025, une hausse de 12% par rapport à l’année 2024. Le parc, lui, compte 276 032 logements sociaux, un peu plus de 23% des résidences principales. Pas de quoi couvrir les besoins. Une famille sur cinq en attente est monoparentale. Près d’un quart des demandeurs disposent de revenus inférieurs à 12 083 euros par personne et par an, ce qui laisse très peu de marge pour se loger sur le marché privé francilien.
À l’échelle de la région, 67 113 logements sociaux ont été attribués en 2025, permettant de loger 159 786 personnes. Un chiffre loin d’être négligeable, mais qui ne répond pas à la montée continue des dossiers. Chaque année, la file d’attente ne désemplit pas : les sorties restent limitées par le manque de logements disponibles et la faible rotation des occupants.
Un record comme révalateur
C’est aussi un triste révélateur de la difficulté de se loger dans le parc privé. Avec des loyers élevés, des prix d’achat inaccessibles et des exigences de garanties, il paraît compliqué, pour les plus modestes comme pour une partie des classes moyennes, d’accéder au parc privé. Le logement social devient souvent la seule option pour se stabiliser.
Conséquence : les délais moyens d’attribution dépassent les 30 mois dans la région capitale. Dans les départements les plus touchés (Paris, Seine-Saint-Denis, Val-d’Oise, Val-de-Marne) ce délai dépasse 34 mois et peut même grimper jusqu’à plus de 35 mois selon les secteurs.
Le gouvernement a décidé d’agir avec son « plan Relance logement », qui prévoit la construction de 400 000 logements par an d’ici 2030, dont 125 000 logements sociaux, avec une priorité annoncée pour les zones les plus tendues. À la clé, également, plus de moyens pour les bailleurs sociaux et une simplification des règles pour les maires qui acceptent de bâtir. Cela répondra-t-il à la demande ?
Loin de n’être qu’un symbole, le franchissement de la barre des 2 millions de personnes concernées par une demande de logement social met en lumière une crise du logement désormais bien installée dans la première région de France. Il rappelle combien il est devenu difficile, pour des centaines de milliers de ménages, d’accéder à un toit abordable et stable en Île-de-France.





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