Chauffage : l’électrification va tout changer pour les Français ?

Le gouvernement veut concentrer les aides sur l’électrique. Un choc aussi financier que technique pour les propriétaires ?
Chauffage : l’électrification va tout changer pour les Français ?
juan verdaguer aguerrebehere - Unsplash

C’est un virage que prend le gouvernement. Dans un contexte géopolitique tendu et de transition écologique accélérée, l’objectif de l’exécutif est clair : remplacer progressivement le gaz et le fioul par des solutions électriques. Coût de l’opération estimé par l’État :  5,5 milliards d’euros par an aujourd’hui, pour atteindre autour de 10 milliards à l’horizon 2030.

L’électricité dans le viseur

cheminée maison
Fritz Jaspers Pexels

Derrière cette politique se cache aussi l’ambition de décarboner le chauffage des logements. Conséquence pour les usagers : des millions de propriétaires et de copropriétaires vont devoir se décider à changer de système… et, par ricochet, de budget.

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« On travaille à cibler toutes les aides qui sont aujourd’hui disponibles à la rénovation vers l’électrification », a déclaré le 1er avril sur RMC Vincent Jeanbrun, le ministre du Logement. Selon les dernières études du Service des données et études statistiques (SDES), les énergies fossiles concernent encore près de la moitié des ménages. Dans le détail, l’électricité équipe environ 35 % des maisons et 37 % des appartements, quand le gaz et le fioul restent très présents dans le parc ancien. Résultat : le virage électrique ne touchera pas tout le monde de la même manière.

Depuis le 1er septembre 2026, cette orientation s’est encore renforcée. Pour les demandes de MaPrimeRénov’ déposées à compter de cette date dans le cadre d’une rénovation d’ampleur en maison individuelle, le projet ne peut plus prévoir le maintien ou l’installation d’un système de chauffage ou de production d’eau chaude sanitaire utilisant une énergie fossile.

Pour qui le changement ?

Cuisinière au gaz
Annushka Ahuja Pexels

Premiers concernés : les maisons encore équipées de chaudières gaz ou fioul, souvent classées D, E voire pire au diagnostic de performance énergétique (DPE). Les aides publiques s’orientent désormais davantage vers la décarbonation des systèmes de chauffage, avec la pompe à chaleur comme technologie prioritaire. Le gouvernement vise un rythme de plusieurs centaines de milliers de PAC installées chaque année, avec l’objectif d’en produire jusqu’à 1 million par an en France d’ici 2027.

Autre point sensible : les copropriétés au gaz collectif, qui doivent s’attendre à des travaux lourds et, parfois, à des tensions entre copropriétaires sur la répartition de la facture. Enfin, pour les locataires, le changement se verra surtout sur les charges. Dans un logement correctement isolé, la facture mensuelle de chauffage peut baisser avec une pompe à chaleur performante ; mais le coût de l’investissement initial pourrait aussi, à terme, se retrouver dans le montant du loyer.

Dans ce flot d’annonces, EDF a déjà choisi de passer à l’action. « Nous avons choisi de mettre sur la table 240 millions d'euros pour aider les Français à passer à l’électrique », a déclaré le président d’EDF, Bernard Fontana, sur France Info. « En plus des dispositifs mis en place par le gouvernement, nous proposons une prime de 1 000 euros pour 80 000 foyers modestes ou très modestes (…) ça leur coûtera moins cher que d'acheter une chaudière au gaz ou au fioul. »

Qui va payer ?

Facture à payer
https://kaboompics.com/ Pexels

Une bonne nouvelle, alors que le coût d’installation d’une pompe à chaleur représente souvent plusieurs milliers d’euros, même après déduction des aides (MaPrimeRénov’, prime CEE et TVA réduite à 5,5 %). Depuis le 1er septembre 2026, les règles ont toutefois évolué pour le « Coup de pouce Chauffage » : la bonification qui multiplie par cinq le volume de certificats d’économies d’énergie pour certaines pompes à chaleur est désormais réservée aux modèles bénéficiant d’un agrément officiel, fondé sur des critères de qualité et de résilience industrielle.

Autre inconnue : la stabilité des règles du jeu. Les barèmes ayant déjà beaucoup changé ces dernières années, certains types de travaux ont été tour à tour favorisés puis pénalisés, au gré des réformes de MaPrimeRénov’. Quelle sera, cette fois‑ci, la feuille de route, alors que l’élection présidentielle de 2027 approche à grands pas ?

Le risque du logement mal isolé

De nouveaux arbitrages donc pour les Français. Si elle est bien pensée, l’électrification peut alléger la facture ; elle peut, d’un autre côté, laisser des logements toujours mal isolés, coûteux à chauffer et pénalisés au DPE.

Dans ce sens, la Fédération française du bâtiment appelle à la prudence. Dans un communiqué, son président, Olivier Salleron, estime que « la nouvelle cible fixée par le Premier ministre doit s’accompagner d’un “discours de la méthode” ». Selon lui, cela suppose des « souplesses pour les projets déjà en cours et les situations où une PAC 100 % électricité ne peut suffire », faute de quoi la réforme « prolongerait la crise du logement en 2026 et au‑delà ».

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