Marché locatif francilien : les faux dossiers explosent avec l’IA

Dans un secteur sous tension, les faux dossiers se multiplient en Île-de-France et durcissent encore la sélection des candidats.
Dans un secteur sous tension, les faux dossiers se multiplient en Île-de-France et durcissent encore la sélection des candidats.
Jakub Zerdzicki Pexels

« J’ai modifié mon contrat et doublé mon salaire. » À 35 ans, Paul (le prénom a été modifié) navigue entre deux sentiments. D’un côté, l’angoisse de devoir trouver rapidement un appartement près de son lieu de travail. De l’autre, une pointe de fierté mal assumée d’avoir dompté l’intelligence artificielle pour retoucher sa fiche de paie. « Sans ça, mon dossier passe à la trappe, ou n’est même pas regardé », lâche-t-il lucide. « Je ne vais pas tenter le diable : je mets toutes les chances de mon côté. » Dans son viseur, un deux‑pièces d’environ 50 mètres carrés en banlieue parisienne.

Paul est un cas d’école. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : en Île‑de‑France, 24% des dossiers de location contiennent aujourd’hui au moins un élément frauduleux selon Imodirect, contre 20% en 2024. Pénurie de logements, envolée de la demande, arrivée de nouveaux outils numériques qui rendent la falsification plus simple… et plus difficile à repérer. Résultat : salaires “ajustés”, contrats de travail “solidifiés”. Objectif : entrer dans les cases fixées par les propriétaires et les agences, qui se montrent de plus en plus sélectifs.

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L’IA, nouvelle usine à faux documents

Si autrefois les faux dossiers se montaient à la main, avec Photoshop et quelques modèles trouvés en ligne, la donne a changé. Désormais, certains outils d’intelligence artificielle permettent de générer en quelques clics des fiches de paie ou des avis d’imposition prêts à l’emploi. La fraude devient de plus en plus sophistiquée : un même modèle peut être réutilisé pour plusieurs candidats, avec des montants et des identités différents.

Le phénomène ne se limite pas au marché de la location immobilière. Assurances, banques, santé : tous les secteurs sont concernés. Selon le rapport de l’Observatoire Tessi de la fraude documentaire, la France fait face à une explosion des fraudes numériques, avec une hausse estimée de 244% des falsifications de documents entre 2023 et 2024. Toujours selon cette étude la fraude documentaire représente plus de 65 milliards d’euros de pertes par an pour l’économie française, soit environ 2,5% du PIB, tous secteurs confondus.

Des critères de plus en plus serrés

En face, propriétaires comme agences sont souvent démunis pour vérifier la validité d’un document. Par précaution, ils durcissent donc leurs filtres : revenus plus élevés exigés, CDI privilégiés, garants presque systématiques, recours accru à des assurances loyers impayés qui imposent leurs propres critères. Des outils qui font des dégâts pour les profils dits “atypiques”. Ainsi, freelances, indépendants, intermittents, salariés en CDD long, jeunes actifs en début de carrière. Ils se retrouvent sur le carreau, exclus alors qu’ils sont pourtant solvables.

Une ironie dont se serait bien passé Paul. « Je suis en CDD avec une possibilité de transformer ça en CDI, j’ai largement de quoi payer ce loyer », glisse-t-il avec une pointe d’amertume. « Mais j’ai l’impression qu’on me demande un peu l’inacceptable pour avoir un toit.» De l’autre côté, la peur des impayés conduit les bailleurs à se blinder. Résultat : cela pousse certains locataires à embellir leur réalité.

Que faire pour restaurer la confiance entre les deux parties ? Imodirect préconise plusieurs pistes structurelles : la création d'un fichier des incidents de paiement locatif réservé aux professionnels, le développement d'outils de vérification des documents connectés directement aux administrations, ou encore le recours à des tiers de confiance chargés de certifier les revenus des candidats Un enjeu clé pour renouer le fil entre locataires et propriétaires.

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