Le Gosier, capitale très discrète des millionnaires de la pierre

En Guadeloupe, une petite commune concentre certains des plus gros patrimoines immobiliers de France.
En Guadeloupe, une petite commune concentre certains des plus gros patrimoines immobiliers de France.
Enrevseluj Wikimedia commons

Il y a des clichés qui ont la vie dure. Quand on évoque les villes qui concentrent les plus grandes fortunes immobilières, on pense à Paris, Neuilly-sur-Seine, Mougins… On en oublierait que Le Gosier figure tout en haut des classements sur les riches en France, avec l'un des patrimoines immobiliers moyens les plus élevés parmi les redevables de l'IFI, l'impôt sur la fortune immobilière.

Lagon turquoise, bateaux, villas cachées dans la végétation : cet endroit de Guadeloupe cache bien son jeu. Derrière la carte postale, la réalité est bien plus rude. Ici, environ 65 foyers sont assujettis à l'IFI. Pour entrer dans ce cercle très fermé, il faut détenir au moins 1,3 million d'euros de patrimoine immobilier net.

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L'Observatoire des inégalités rappelle qu'environ 6,5 % des ménages français sont millionnaires, mais que seuls 0,6 % paient le fameux IFI, soit à peine 186 000 foyers. Qu'une petite commune guadeloupéenne abrite à elle seule un groupe de contribuables dont le patrimoine moyen avoisine 3,7 millions d'euros en fait un symbole de la France des très hauts patrimoines, bien loin des clichés habituels sur « les riches » cantonnés aux beaux quartiers parisiens ou à la Côte d'Azur.

Le Gosier joue donc dans une autre division, façon Ligue des champions. Ces quelques dizaines de foyers déclarent le patrimoine immobilier moyen le plus élevé de France et acquittent en moyenne plus de 21 000 euros d'IFI par an, devant les quartiers les plus huppés de la capitale. En clair, une poignée de  contribuables propulsent cette commune d'outre-mer au sommet de la hiérarchie des millionnaires de la pierre.

Et pourtant, un archipel où le mal-logement explose

Un décor paradisiaque qui ne doit pas occulter une réalité crue : celle du mal-logement dans le reste de la Guadeloupe. On estime à environ 35 000 le nombre de logements potentiellement indignes, soit 15 % des résidences principales, selon le pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne. Environ 11 000 sont franchement insalubres, dont la majorité concentrée à Pointe-à-Pitre, aux Abymes et à Basse-Terre. À titre de comparaison, en France métropolitaine, « seulement » 1 à 2 % des logements sont considérés comme indignes, selon les différentes estimations nationales.

Ce problème n'est pas spécifique à la Guadeloupe. Selon un rapport publié en 2026 par la Fondation pour le Logement des Défavorisés, sur la base de données de la DGOM et de la Commission des finances, environ 150 000 logements indignes ou très dégradés sont recensés dans les territoires ultramarins. Humidité, fissures, réseaux électriques dangereux, absence d'assainissement comptent parmi les principaux problèmes, auxquels s'ajoutent les risques naturels propres à ces territoires.

À cela s'ajoute la situation sociale : en Guadeloupe, plus d'un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté national, selon les dernières données disponibles de l'INSEE. Ainsi, Le Gosier apparaît comme un paradoxe pour la région. Un îlot abritant des villas de prestige, des résidences secondaires haut de gamme et des investissements locatifs portés par la location saisonnière. Un tableau qui contribue à faire grimper les prix du foncier et de l'immobilier.

Du point de vue statistique, Le Gosier n'a ni la taille ni la puissance économique d'un grand arrondissement parisien. Mais les patrimoines moyens qui y sont déclarés rivalisent avec ceux des quartiers les plus cossus de la capitale, voire les dépassent.

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