La réalité de la crise climatique se lit‑elle désormais dans les contrats d’assurance habitation ? C’est, entre autres, pour répondre à cette question que l’Observatoire de l’assurabilité a remis au gouvernement, à la mi‑juin, son premier rapport. 903 communes connaissent aujourd’hui des tensions sur l’assurance multirisque habitation, souvent dans des localités déjà très touchées par les sinistres.
On ne peut pas encore parler de « déserts assurantiels » : partout, au moins un assureur accepte toujours de couvrir les maisons individuelles. En revanche, là où les phénomènes climatiques s’enchaînent (inondations, sécheresses, tempêtes, etc.), s’assurer devient un petit parcours du combattant : primes plus élevées, garanties plus encadrées et conditions d’accès plus strictes.
Littoraux, vallées, outre‑mer : les premières lignes
La carte publiée par l’Observatoire est tout sauf une surprise. Les zones en tension sont connues. Elle raconte même une certaine histoire du pays, celle de ces communes suivies de près par les services de l’État : plaines inondables, vallées où les crues se multiplient, villages bâtis sur des sols argileux qui se fissurent avec la sécheresse, sections de littoral particulièrement exposées à la submersion marine.
Conséquence : chaque nouvel épisode laisse une trace dans la mémoire des assureurs, et dans leurs algorithmes. Avec, pour les propriétaires, un prix de plus en plus élevé pour assurer leur maison. Dans les cas extrêmes, il faut toquer à plusieurs portes d’assureurs avant d’obtenir un accord.
La fracture est plus tangible en outre-mer. Les 92 communes ultramarines étudiées ressortent toutes en tension modérée, sur un marché moins dense et très exposé aux phénomènes météo extrêmes, cyclones et inondations en tête. Le passage du cyclone Chido à Mayotte, fin 2024, est encore dans toutes les mémoires.
En décembre 2022, la Banque de France pointait déjà cette sous-assurance ultramarine, rappelant que les ménages y sont plus exposés aux catastrophes naturelles mais moins souvent couverts qu’en métropole. Selon l’enquête Budget de famille de l’Insee de 2017, qu’elle reprend, le taux de souscription à une assurance multirisque habitation s’échelonnait de 6 % à Mayotte à 68 % à La Réunion, contre 97 % en France métropolitaine.
Avec le changement climatique, un système bientôt sous pression ?
La situation est différente en métropole. La tension se concentre sur 568 communes en tension légère et 243 en tension modérée. Juridiquement, la protection existe toujours, la garantie catastrophes naturelles restant adossée à la quasi-totalité des contrats multirisques habitation, mais l’accès à un contrat favorable de milieu de gamme devient plus incertain dans certains territoires.
Rien d’étonnant. France Assureurs indique que le montant cumulé des sinistres dus aux événements naturels pourrait atteindre 143 milliards d’euros entre 2020 et 2050, soit presque le double des trente années précédentes.
De son côté, l’État n’entend pas laisser le marché gérer seul cette montée des risques. Le régime des catastrophes naturelles, socle national et obligatoire, reste au cœur de la protection des logements, adossé aux contrats multirisques habitation et réassuré en grande partie par la Caisse centrale de réassurance, avec la garantie de l’État. La création de l’Observatoire de l’assurabilité s’accompagne de plusieurs pistes : réexamen tous les cinq ans de la surprime catastrophes naturelles, suivi régulier de la carte des tensions, mission spécifique sur l’amélioration de la couverture outre‑mer.
Reste une question : avec la multiplication des catastrophes climatiques, jusqu’à quand le système pourra‑t‑il maintenir une assurance habitation à un niveau supportable ?





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