MaPrimeRénov' : les demandes d'aide ont chuté de 80 % en un an

Le recul des aides et les délais administratifs poussent des ménages à reporter leurs projets de rénovation énergétique.
Le recul des aides et les délais administratifs poussent des ménages à reporter leurs projets de rénovation énergétique.
Erik Mclean Pexels

Des étés suffocants, des hivers où le thermomètre passe sous zéro degré. Depuis deux ans, François, 56 ans, propriétaire d'une maison de 150 m² près de Roanne (Loire), envisage d'isoler ses façades et de remplacer son vieux système de chauffage. Les devis sont prêts. Mais les travaux, estimés à près de 40 000 euros, n'avancent pas. « C'est à l'arrêt », souffle-t-il, amer. « Sans savoir quelle aide nous aurons et quand elle arrivera, nous ne pouvons pas nous engager. »

Un cas isolé ? Pas vraiment. Les demandes d'aide pour des rénovations d'ampleur se sont effondrées depuis le début de l'année. Un peu plus de 20 000 dossiers ont été déposés au premier semestre 2026, contre 95 000 à la même période un an plus tôt, selon l'Agence nationale de l'habitat (Anah). Une chute de près de 80 %. Le cas de François n'a rien d'exceptionnel : beaucoup semblent surtout avoir différé leurs projets.

Un parcours plus long et moins financé

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Au premier semestre, 110 835 logements ont été rénovés grâce à MaPrimeRénov', dont 41 409 rénovations d'ampleur, selon l'Anah. Ces réalisations correspondent en partie à des dossiers déposés avant la fermeture du guichet : elles ne reflètent donc pas le recul des nouvelles demandes.

Le début d'année a désorganisé le dispositif. Faute de budget adopté, l'Anah a cessé d'enregistrer les nouveaux dossiers (toutes aides confondues) le 31 décembre 2025. Le guichet, lui n'a rouvert que le 23 février 2026.

À cette date, l'Anah prévenait que le traitement des 83 000 dossiers déposés en 2025 et restés en attente allongerait les délais de réponse : plus de six mois pour une rénovation d'ampleur, trois mois pour un geste unique. De quoi décourager des propriétaires qui ne peuvent ni attendre une décision avant de lancer un chantier, ni mobiliser plusieurs dizaines de milliers d'euros sans connaître le montant de l'aide.

Les règles financières avaient déjà changé à l'automne. Depuis le 30 septembre 2025, le plafond de dépenses retenu est passé de 70 000 à 40 000 euros hors taxes, le bonus « sortie de passoire thermique » a disparu et les taux ont baissé : 45 % pour les revenus intermédiaires, 10 % pour les plus élevés.

« On navigue à vue », résume François. « Le problème n'est pas seulement le montant de la prime, mais l'incertitude sur le calendrier et le reste à charge. » Beaucoup revoient leur copie : ils reportent l'isolation, se limitent au remplacement d'un seul équipement ou renoncent au projet global.

La complexité du parcours décourage aussi certains ménages. Plus de 9 000 dossiers ont été rejetés après instruction au premier semestre, notamment parce qu'ils étaient incomplets ou que les demandeurs n'avaient pas répondu aux demandes de pièces complémentaires. Pour les propriétaires peu familiers des démarches numériques, un document manquant peut prolonger l'attente, voire faire échouer le projet.

Pendant ce temps, la chaleur s'installe

Le ralentissement intervient au plus mauvais moment. Les vagues de chaleur successives rappellent que rénover ne consiste plus seulement à moins chauffer en hiver. Au cours de l'été 2025, 49 % des foyers ont déclaré avoir souffert d'un excès de chaleur dans leur logement pendant au moins vingt-quatre heures, contre 42 % un an plus tôt.

Au bout de la chaîne, les entreprises du bâtiment s'inquiètent de la baisse des dépôts de dossiers. Isolation, chauffage, ventilation, menuiseries : une rénovation d'ampleur mobilise plusieurs corps de métier. Moins de projets engagés aujourd'hui, ce seront probablement moins de chantiers demain.

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