Léa et Maxime, 37 ans chacun, ont repéré un trois-pièces à Bordeaux. Pas immense, mais bien situé dans la ville. Pour eux, c'est l'occasion de quitter leur deux-pièces devenu trop petit depuis la naissance de leur fille. Les comptes ont été faits : apport, frais de notaire, mensualité. Reste l'étape la plus difficile : celle de la banque. Le couple confie une légère angoisse, comparable à celle ressentie avant une épreuve du baccalauréat.
Un stress exagéré ? Pas forcément. Un taux qui monte, une mensualité qui dépasse le seuil accepté par la banque : il suffit de peu pour que la machine se grippe. Et c'est tout un projet qui peut être revu : quelques mètres carrés en moins, une recherche plus loin du centre ou un apport qu'il faut gonfler.
Le paradoxe, c'est que les banques n'ont pas prêté autant depuis l'automne dernier. En juin, 13,2 milliards d'euros de nouveaux crédits à l'habitat ont été accordés, hors renégociations, selon la Banque de France. Soit 1,8 milliard de plus qu'en mai. À première vue, impossible donc de parler de robinet fermé.
Mais ces prêts, accordés au début de l'été, avaient souvent été négociés dès le printemps. Les candidats à l'achat qui poussent aujourd'hui la porte d'une banque ne retrouvent pas tout à fait les mêmes conditions. Le taux moyen des nouveaux crédits est passé de 3,21 % en mai à 3,27 % en juin. En août, les barèmes observés montent surtout sur les longues durées : autour de 3,31 % sur vingt ans et de 3,43 % à 3,52 % sur vingt-cinq ans selon les établissements. Or ce sont ces durées qui permettent à de nombreux primo-accédants de faire tenir leur projet.
Douze euros qui peuvent compter
Sortons la calculette. Dans le cas d'un couple qui emprunte 250 000 euros sur vingt-cinq ans, la mensualité passe de 1 242 à 1 254 euros hors assurance selon la banque, à 3,43 % ou à 3,52 %. Douze euros par mois, 3 600 euros au bout du compte. Sur le papier, une broutille. Mais un dossier immobilier ne se résume pas à une mensualité.
Il y a parfois la voiture achetée à crédit, les frais de garde, un prêt à la consommation ou des revenus qui changent d'un mois à l'autre. La banque, elle, additionne tout. Si les remboursements dépassent 35 % des revenus, assurance comprise, le montant proposé peut être revu à la baisse. Des dérogations existent, mais elles sont encadrées. Et la durée du prêt ne peut, en principe, dépasser vingt-cinq ans.
Prenons l'exemple d'une personne qui cherche à acheter seule. Les revenus peuvent être corrects, mais si elle travaille à son compte, ils ne tombent pas toujours avec la même régularité. Les avis d'imposition sont alors examinés, l'épargne passée en revue, les crédits en cours vérifiés. Le taux vu sur une publicité est une première promesse ; la réponse de la banque peut être différente. À la fin, quelques milliers d'euros peuvent manquer. Une pièce disparaît, les travaux sont repoussés ou le quartier change.
Des dossiers triés, plutôt qu'un robinet fermé
Pour autant, pas question de cesser de prêter. Les banques ont besoin de nouveaux clients, et les dossiers les plus solides continuent d'être courtisés : un CDI, de l'apport, des comptes bien tenus et peu de dettes. D'un établissement à l'autre, les écarts restent tels qu'il serait dommage de signer sans avoir fait jouer la concurrence.
Pour les autres, la rentrée ne signifie pas forcément un refus. Mais le projet peut être remis à plat : ajouter de l'apport, viser plus petit ou chercher plus loin. Léa et Maxime le savent. Pour leur trois-pièces bordelais, le rendez-vous à la banque décidera moins du taux qu'ils décrocheront que de la possibilité, ou non, de tourner la page de leur deux-pièces.





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