Apprendre, comprendre, s'inspirer. Le voyage express de Jean-Pierre Farandou à Madrid, la semaine dernière, avait des airs de stage en immersion. Objectif : voir « comment ils faisaient ailleurs ». Après les canicules de l'été, le ministre du Travail dit avoir choisi « d'aller chez les meilleurs » pour étudier la réponse aux fortes chaleurs.
Ironie de l'histoire, c'est sous la pluie que le ministre français a été accueilli en Espagne. Au programme, le chantier de la gare d'Atocha avec son homologue Yolanda Díaz. Où fontaine à eau et crème solaire attendent les ouvriers. Direction ensuite Rivas-Vaciamadrid, dans l'entrepôt de la Fnac Espagne. Les températures y sont relevées zone par zone, les tâches adaptées, les horaires aménagés, les pauses allongées et, au-delà de 30 °C, l'accès aux zones les plus chaudes est restreint.
Avec la chaleur, Madrid mise sur l'anticipation
En Espagne, cela fait bien longtemps que l'on est habitué aux fortes températures l'été. « À Madrid, travailler avec la chaleur est difficile », résume Paco, 53 ans, menuisier. « Chaque année, il faut s'organiser davantage. »
Dans les locaux fermés, la réglementation fixe une température comprise entre 17 et 27 °C pour les travaux sédentaires, comme dans les bureaux, et entre 14 et 25 °C pour les travaux légers. Depuis 2023, une alerte orange ou rouge impose d'adapter le travail exposé si les protections ne suffisent plus : horaires avancés, exposition réduite, voire arrêt temporaire. La « jornada intensiva », souvent de 8 heures à 15 heures, est courante dans certains secteurs l'été.
Sous les toits, le thermomètre s'emballe
Cette anticipation continue à la maison. Sous les toits ou derrière de grandes baies vitrées sans stores, chacun vit la canicule à sa manière. « Cette année a été très chaude, et la chaleur est arrivée rapidement », explique Inés, 61 ans, retraitée. « On doit lutter et, pour ça, j'utilise mon éventail. Je n'ai pas de climatiseur chez moi, alors, quand j'en ai besoin, j'utilise un ventilateur. Il faut boire de l'eau et manger de la nourriture fraîche. »
Dans le neuf, la France a commencé à prendre la chaleur en compte. Depuis 2022, la RE2020 impose un calcul du confort d'été, les degrés-heures d'inconfort, pour limiter les périodes de surchauffe.
L'Espagne ne mise pas tout sur la clim
À Madrid, fermer les volets avant midi est un réflexe. Stores, persiennes, façades ombragées, ventilateurs et aération nocturne, quand elle est possible, font partie des habitudes. Problème réglé au pays de Cervantes ? Pas forcément. Les logements surchauffés y sont nombreux et tous les ménages ne peuvent pas faire tourner une climatisation pendant des heures.
Mais le pays combine les réponses. Ses rénovations portent aussi sur les toitures, les murs et les fenêtres, pour réduire les besoins de chauffage l'hiver et de climatisation l'été. Le programme PREE a soutenu ce type de travaux dans les immeubles. La leçon espagnole : empêcher la chaleur de s'installer avant de l'évacuer.
En France, qui paiera l'été ?
Volets, stores extérieurs, brise-soleil, toiture isolée ou climatisation réversible : en France, le frein est souvent moins technique qu'administratif et financier. L'occupant doit parfois convaincre un propriétaire, un syndic et toute une copropriété avant de modifier une façade ou d'engager des travaux.
Les réponses françaises restent très politiques. Sur BFMTV, lors d’une soirée débat, le député RN Jean-Philippe Tanguy a défendu le plan « 100 % clim' » de Marine Le Pen, qui promet d'équiper d'abord les écoles, les Ehpad et les hôpitaux. L'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy, pour qui la climatisation est « devenue un objet idéologique », plaide pour aider les ménages à climatiser leur logement.
Le sénateur communiste Ian Brossat insiste davantage sur la rénovation, les volets et les brasseurs d'air dans le parc social. « On ne vit pas les grandes chaleurs de la même manière selon qu'on vit au dernier étage dans une chambre de bonne ou dans une villa climatisée », a-t-il estimé. Olivier Faure, lui, réclame un « plan volets » : selon le premier secrétaire du PS, près de la moitié des logements français en sont dépourvus.
Après les chantiers, les entrepôts et les plateaux télé, la chaleur s'invite là où chacun la paiera : dans les annonces immobilières. Un jour, l'étage, l'exposition et les volets compteront autant qu'un parquet ancien ou la proximité du métro.





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