Lundi 28 septembre, Marine Le Pen, Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon ont présenté leurs projets devant les professionnels du bâtiment lors du Grand Oral de Batimat, à Paris. Les trois candidats divergent sur MaPrimeRénov’, le DPE et la rénovation globale. Face à eux, les professionnels du bâtiment réclament surtout de la stabilité. Ils ont répondu tour à tour aux questions de Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB, Frédéric Carré, président de la FFB, et Stanislas Lacroix, président d’Uniclima.
Un parc immobilier encore très énergivore
L’enjeu est considérable. Selon la CAPEB, la France compte 38,5 millions de logements et 80 % de ceux qui existeront en 2050 sont déjà construits. Le pays compte encore 5,8 millions de passoires énergétiques. L’artisanat du bâtiment, lui, a vu son activité reculer de 1,5 % sur un an au deuxième trimestre 2026, pour le 13e trimestre consécutif.
MaPrimeRénov’ au cœur des divergences
Marine Le Pen : remplacer MaPrimeRénov’
Marine Le Pen propose la rupture la plus nette avec le système actuel. La candidate du Rassemblement national veut remplacer MaPrimeRénov’ par « 100 % Rénov’ », un prêt à taux zéro dont les intérêts seraient pris en charge par l’État. Elle évoque jusqu’à 20 milliards d’euros mobilisés par an. Les mensualités seraient calculées en fonction des économies d’énergie permises par les travaux et le remboursement pourrait également intervenir lors de la vente ou de la succession du logement.
Elle souhaite aussi redonner au DPE un rôle seulement indicatif, ce qui reviendrait à supprimer son caractère opposable et à remettre en cause les restrictions de location qui lui sont aujourd’hui associées. Sa ligne en matière de rénovation tient en trois verbes : électrifier, isoler, rafraîchir. L’instabilité de MaPrimeRénov’ a d’ailleurs été l’un des principaux sujets abordés lors du Grand Oral.
Gabriel Attal : garder le système, le stabiliser
Gabriel Attal choisit au contraire de conserver MaPrimeRénov’, tout en promettant davantage de stabilité. L’ancien Premier ministre propose une loi de programmation sur cinq ans afin que particuliers et professionnels disposent d’une visibilité sur les budgets et les dispositifs consacrés à la rénovation énergétique.
Il défend aussi la rénovation par étapes et les travaux en mono-geste plutôt qu’une rénovation globale systématique. Il souhaite simplifier l’accès au label RGE (Reconnu Garant de l'Environnement) pour les artisans tout en renforçant les contrôles contre la fraude, et a évoqué une possible décentralisation d’une partie du pilotage des aides vers les collectivités.
Sa proposition la plus marquante concerne la géothermie : un plan d’investissement d’une ampleur comparable, selon lui, à l’effort autrefois consacré au nucléaire, afin de développer cette énergie pour chauffer et rafraîchir les bâtiments publics comme les logements privés.
Jean-Luc Mélenchon : 700 000 rénovations par an
Jean-Luc Mélenchon mise davantage sur la rénovation globale et fixe un objectif de 700 000 rénovations par an. Pour le candidat de La France insoumise, le financement et le reste à charge des ménages sont au cœur du problème : il estime qu’un soutien suffisant permettrait à davantage de propriétaires de réaliser des travaux plus complets plutôt que de se limiter à des interventions ponctuelles.
Il prévoit également d’accélérer la sortie des modes de chauffage fossiles et de soutenir l’acquisition d’équipements bas carbone pour les ménages.
Son objectif de 700 000 rénovations annuelles rejoint celui inscrit dans la Stratégie nationale bas-carbone 3. Celle-ci vise en moyenne 700 000 rénovations permettant au moins deux sauts de classe DPE chaque année entre 2025 et 2030, dont 250 000 rénovations d’ampleur, dans le parc privé comme social.
Des objectifs encore loin du rythme actuel
En 2025, l’Anah a financé 307 731 rénovations énergétiques, dont un peu plus de 120 300 rénovations d’ampleur. À côté, l’objectif de 700 000 rénovations annuelles inscrit dans la SNBC 3 montre l’ampleur de l’accélération attendue, même si les périmètres ne sont pas strictement comparables.
La question de la main-d’œuvre reste aussi centrale : Jean-Luc Mélenchon reconnaît lui-même que cette montée en puissance suppose davantage de professionnels qualifiés.
Les artisans réclament surtout de la visibilité
La CAPEB a profité de Batimat pour présenter aux trois candidats son manifeste, fondé sur 12 priorités. Parmi elles : une TVA à 5,5 % sur tous les travaux de rénovation, moins de charges administratives et la rénovation énergétique érigée en « Grande cause nationale ».
L’organisation, qui représente plus de 500 000 entreprises artisanales du bâtiment, insiste surtout sur un point : la stabilité des règles, indispensable pour investir, recruter et répondre aux besoins du parc.





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