Espagne : expulsée après plus de 70 ans dans son logement, Maricarmen meurt à 87 ans

La mort de Maricarmen, expulsée à 87 ans de son logement à Madrid, ravive la colère contre la crise du logement en Espagne.
Espagne : expulsé après 71 ans dans son logement, Maricarmen meurt à 87 ans
Maricarmen, 87 ans, lors d'une mobilisation contre son expulsion à Madrid - Canales/SOPA Images/Shutterstock / GTRES

Son expulsion avait déclenché une vague de manifestations contre la crise du logement en Espagne. María del Carmen Abascal, devenue le symbole de la mobilisation des locataires, est décédée mercredi 7 octobre à Madrid, deux semaines après avoir été contrainte de quitter son appartement. Une affaire qui a placé le logement au cœur du débat politique espagnol, à moins de deux mois des élections législatives anticipées du 29 novembre.

Elle vivait dans le même appartement depuis 1956. María del Carmen Abascal, surnommée Maricarmen, est décédée mercredi 7 octobre à l'âge de 87 ans, à l'hôpital Gregorio Marañón de Madrid. Le 23 septembre dernier, cette retraitée à la santé fragile avait été expulsée de son logement situé dans le quartier du Retiro, après plusieurs années de conflit avec la société propriétaire de l'appartement.

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Les images de son évacuation sur une civière avaient suscité une vive émotion dans tout le pays. Son histoire est devenue le symbole d'une crise du logement qui touche une part croissante de la population espagnole, confrontée à l'augmentation des loyers et aux difficultés d'accès à un logement abordable.

Un ancien bail au cœur d'un conflit avec le propriétaire

Espagne : expulsé après 71 ans dans son logement, Maricarmen meurt à 87 ans
Immeuble de Maricarmen, Madrid - Canales/SOPA Images/Shutterstock / GTRES

Maricarmen occupait cet appartement depuis 1956, à l'origine avec ses parents. La famille bénéficiait d'un ancien contrat de location, pour lequel la retraitée versait environ 500 euros par mois, charges comprises, selon plusieurs médias espagnols (435 euros selon la société propriétaire ; l'ancien propriétaire de l'immeuble, Ignacio Lázaro, parle d'un loyer de 170 euros en 2018, le reste correspondant à des services comme l'ascenseur ou le concierge).

Mais après la vente de l'immeuble en 2018 par la famille propriétaire, la validité de ce contrat a été contestée par la société immobilière Urbagestión, aujourd'hui propriétaire. Selon le Syndicat des locataires de Madrid, le propriétaire aurait initialement réclamé un loyer de 2 650 euros mensuels, avant de proposer 1 650 euros, un montant toujours supérieur à la pension de retraite de Maricarmen (1 350 euros). Urbagestión affirme n'avoir jamais formulé ces montants ; elle dit avoir seulement évoqué un loyer bonifié de 40 à 50 % sous le prix du marché.

Le litige portait notamment sur les transmissions successives du contrat de location au sein de la famille. Bien que Maricarmen ait continué à payer son loyer, la justice a finalement donné raison à la société propriétaire, en appel puis en cassation (le Tribunal suprême a rejeté le recours en décembre 2023), considérant que la seconde transmission du bail n'était pas valable.

Après plusieurs tentatives d'expulsion, la décision de justice a finalement été exécutée le 23 septembre 2026. Malgré la mobilisation de centaines de personnes venues lui apporter leur soutien, Maricarmen a dû quitter son appartement avant d'être transportée à l'hôpital.

Un accord avait pourtant été trouvé le 28 septembre, grâce à la médiation de l'Entreprise municipale du logement de Madrid (EMVS). Il prévoyait un nouveau bail de huit ans et un loyer ne dépassant pas 30 % des revenus nets de la retraitée, soit un montant proche de celui qu'elle payait auparavant, selon son avocate. Maricarmen avait accepté ces conditions le 29 septembre, alors qu'elle était toujours hospitalisée. Mais elle est décédée le 7 octobre 2026, avant de pouvoir regagner son logement.

Une expulsion qui déclenche des manifestations dans toute l'Espagne

Espagne : expulsé après 71 ans dans son logement, Maricarmen meurt à 87 ans
Manifestation contre la crise du logement à la Puerta del Sol, à Madrid, en soutien à Maricarmen - GIM / GTRES

L'affaire a rapidement dépassé Madrid. Des milliers de manifestants se sont mobilisés dans plusieurs villes espagnoles pour dénoncer la hausse des loyers, les expulsions et les difficultés d'accès au logement.

Dans la capitale, des militants ont notamment installé un campement sur la Puerta del Sol, tandis que les organisations de défense des locataires réclamaient des mesures urgentes.

Le Syndicat des locataires de Madrid, qui accompagnait Maricarmen dans ses démarches, a dénoncé une situation qui aurait pu, selon lui, être évitée. L'organisation estime que l'accord conclu pour permettre son retour dans l'appartement est intervenu trop tard.

Le décès de la retraitée a provoqué une nouvelle vague d'émotion et de rassemblements. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez a présenté ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Une crise du logement devenue politique

La mobilisation autour de Maricarmen a également eu des répercussions majeures sur la vie politique espagnole.

Face à la contestation, le gouvernement de Pedro Sánchez avait présenté deux décrets destinés à renforcer la protection des locataires, notamment contre les expulsions et certaines hausses de loyers.

Mais ces mesures ont été rejetées par le Parlement espagnol, révélant les profondes divisions politiques autour de la question du logement.

Espagne : expulsé après 71 ans dans son logement, Maricarmen meurt à 87 ans
Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol - Sergio R Moreno / GTRES

Face à cette impasse parlementaire et à la mobilisation sociale, Pedro Sánchez a annoncé la tenue d'élections législatives anticipées le 29 novembre 2026. Le gouvernement a toutefois présenté de nouvelles mesures sur le logement le 6 octobre, qui doivent encore franchir l'étape parlementaire.

À Madrid, les loyers poursuivent leur hausse

Cette mobilisation intervient dans un contexte de hausse persistante des loyers. Selon les dernières données d'idealista, les prix des logements proposés à la location à Madrid ont progressé de 4,8 % sur un an en septembre 2026, pour atteindre 23,4 euros/m² par mois. Dans le district du Retiro, où vivait Maricarmen, ils atteignent même 24 euros/m², soit une augmentation de 2,5 % sur un an.

Au-delà du drame individuel, l'affaire Maricarmen illustre les tensions qui traversent le marché immobilier espagnol. Dans un pays où la hausse des loyers et la pénurie de logements abordables alimentent depuis plusieurs années le mécontentement, la question du logement s'impose désormais comme l'un des principaux enjeux du débat politique national.


 

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