Et si vous investissiez dans la forêt ? La question peut paraître saugrenue pour les non‑initiés. Et pourtant. Depuis une quinzaine d’années, le marché a le vent en poupe, avec une hausse quasi continue, à peine interrompue en 2020 et en 2023. En 2024, les données de la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) montrent une reprise des ventes. Les massifs de plus de 100 hectares ont la cote, surtout lorsqu’ils sont assortis d’un bâti. Mais les chiffres rappellent que près de 9 ventes sur 10 portent en réalité sur de petites propriétés de moins de 10 hectares.
Qui dit investissement, dit forcément chiffres ! Le prix moyen des forêts en France atteignait environ 4 850 euros par hectare en 2024. Dans le Grand Est, par exemple, le prix médian par hectare est passé d'environ 4 570 euros en 2021 à près de 4 960 euros en 2024, soit une progression d'environ 8,6 % en trois ans, selon les données de transactions notariales analysées par ma-propriete.fr. Petit marché mais grosse demande. Résultat : les délais de vente se raccourcissent pour les massifs bien situés et bien gérés, et les forêts s'imposent peu à peu comme un actif à part entière.
Une « valeur refuge » portée par la fiscalité verte
Mais alors, pourquoi cette tendance ? Si l’on en croit les professionnels du secteur, la forêt séduit comme “valeur refuge et outil de diversification”. Sa valorisation dépend avant tout de la croissance naturelle des arbres et de la demande en bois, ce qui la rend moins exposée aux à-coups des marchés financiers, même si les revenus tirés du bois restent, eux, plus irréguliers.
Autre facteur : la fiscalité. Grâce à un dispositif d’encouragement prolongé jusqu’en 2027, il est possible de bénéficier, sous conditions, d’un crédit d’impôt de 25% sur l’achat de parcelles boisées ou de parts de groupement forestier. Les dépenses prises en compte sont plafonnées à 6 250 euros pour une personne seule et 12 500 euros pour un couple, soit un avantage maximal entre 1 562 et 3 125 euros imputé sur l’impôt sur le revenu. Ces placements bénéficient aussi d’un régime favorable à la transmission : la valeur des forêts peut être abattue d’environ 75% pour le calcul des droits de donation ou de succession, en échange d’un engagement de gestion de long terme : 30 ans.
Quant à la gestion, il n’est plus nécessaire d’acheter un massif entier. Les particuliers peuvent acquérir des parts de groupements forestiers et devenir copropriétaires de forêts gérées par des professionnels. Ces véhicules mutualisent les risques (incendies, tempêtes, maladies) et donnent accès à la fiscalité spécifique des bois et forêts, en contrepartie d’un blocage des fonds sur plusieurs années.
Pour autant, ne pas minimiser les risques
Tout est beau dans le meilleur des mondes ? Pas vraiment. Tempêtes, sécheresses, prolifération d’insectes ou maladies des arbres peuvent dégrader la valeur d’un massif et peser sur les revenus tirés des coupes. En France, l’année 2025 a été particulièrement marquante : près de 20 000 hectares de forêts (dont 11 300 hectares pour le seul massif des Corbières dans l’Aude) ont brûlé, soit deux fois plus que la moyenne des années 2006–2021, selon l’Office national des forêts.
Autre facteur à prendre en compte : le marché du bois. Adossés à la construction et à l’industrie, les prix du bois connaissent des fluctuations sensibles selon les essences et les cycles économiques, malgré une tendance générale à la hausse ces dernières années. Les revenus restent donc modérés et surtout imprévisibles, ce qui confirme que la forêt n’est pas un produit miracle mais un investissement de long terme.
Un profil d’investisseur type se dessine d’ailleurs quand on écoute les professionnels : des épargnants capables d’immobiliser un capital pendant dix à quinze ans, et d’accepter une part d’incertitude sur la valeur de leurs parts. En clair, mieux vaut avoir des finances solides et les coudées franches avant de se lancer.





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