Pour beaucoup, l’outre‑mer, ce sont des plages, un climat doux, un décor de carte postale, une évocation nostalgique des vacances. Mais derrière l’eau turquoise, la réalité du quotidien est tout autre. Près de 700 000 habitants des départements et régions d’outre‑mer vivent en situation de mal‑logement, selon les derniers travaux de la Fondation pour le logement des défavorisés, soit quasiment un habitant sur trois, contre moins de 2% en métropole.
Les chiffres du rapport parlementaire des députés François Jolivet (Horizons) et Karine Lebon (Gauche démocrate et républicaine) confirment l’ampleur de cette crise. Dans les cinq DROM (départements et régions d’outre‑mer), on compte environ 2,15 millions d’habitants pour 775 000 logements, dont une part importante de résidences principales jugées indignes ou très dégradées.
Pour sa part, la Fondation pour le logement des défavorisés estime qu’environ 8 000 personnes y sont sans domicile fixe, tandis que des dizaines de milliers d’autres vivent en habitat surpeuplé ou dans des constructions précaires.
Une production de HLM qui s’effondre
Le logement social peut‑il vraiment remédier à la situation ? Là aussi, le rapport pointe un problème : il existe un décalage majeur entre la demande et l’offre. Les données compilées par l’Union sociale pour l’habitat (USH) indiquent qu’environ 110 000 logements sociaux supplémentaires seraient nécessaires dans l’ensemble des Outre‑mer pour répondre aux besoins. Le “hic”, c’est que la production recule nettement : le nombre de logements sociaux livrés a chuté de près de moitié en un peu plus de dix ans.
En 2014, 7 398 logements sociaux ont été livrés ; en 2025, ce sont seulement 3 794 unités. Un paradoxe puisque, sur la même période, la demande a explosé : les demandes sont passées de 66 784 en 2019 à 103 411 en 2025, (+55%). Pour ajouter à ce tableau sombre, le parc social existant reste limité : dans les DROM, on compte environ 155 000 logements sociaux pour 775 000 habitations, soit autour de 20% du parc de logements. Or près de 1,7 million de personnes y seraient éligibles au logement social, ce qui signifie qu’une très large majorité des ménages remplissent les critères sans pour autant accéder à un HLM.
Une situation d’autant plus ubuesque que l’outre‑mer bénéficie, sur le papier, d’un cadre d’aides plus favorable qu’en métropole, avec des subventions spécifiques et des avantages fiscaux dédiés. Le tableau semble donc idylliques mais la réalité est tout autre avec des budgets rabotés d’année en année. Conséquence : des financements gelés, des chantiers retardés, voire tout simplement abandonnés.
Comment sortir de l’impasse du logement social en Outre‑mer ?
Ce constat appelle, selon les députés, un véritable “choc” d’investissement. Ils proposent un engagement pluriannuel de l’État, la sécurisation et la hausse de l’enveloppe annuelle dédiée au logement social outre‑mer, la fameuse ligne budgétaire unique (LBU), afin d’atteindre un rythme de production permettant de combler le déficit de 110 000 logements sociaux.
Ainsi, il recommande qu’au moins 30% des logements financés soient des logements “très sociaux”, avec des loyers adaptés aux revenus les plus bas. Autre volet important : la lutte contre l’habitat indigne, via des outils comme le permis de louer, le renforcement des contrôles et des sanctions contre les marchands de sommeil.
Enfin, la création d’une instance nationale semble être une autre réponse. État, collectivités, bailleurs et associations, seraient associés afin d’améliorer la coordination entre les acteurs et d’adapter les réponses aux réalités de chaque territoire. Il y a urgence : sans ce choc : la promesse d’un droit effectif au logement restera un vieux rêve pour des centaines de milliers d’ultramarins.





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