Nice : le surtourisme met le marché locatif sous pression

Entre loyers élevés, Airbnb et pétition citoyenne, Nice illustre les tensions entre tourisme de masse et droit au logement.
Entre loyers élevés, Airbnb et pétition citoyenne, Nice illustre les tensions entre tourisme de masse et droit au logement.
Jose Maria Sevillano Serrano Pexels

L’été est déjà là et Nice affiche de belles températures en ce jour de juin. Rien de surprenant dans la cinquième ville de France, où la saison touristique ne s’achève jamais vraiment. Première destination touristique du pays après Paris, la métropole Nice Côte d’Azur a enregistré 6,6 millions de nuitées dans les hôtels et résidences en 2025, soit une hausse de 7% par rapport à 2024.

Derrière ce poids économique considérable, qui génère plusieurs dizaines de milliers d'emplois directs et indirects, la réalité est plus contrastée pour les habitants. Au-delà de la mer azur qui borde la capitale des Alpes-Maritimes se cachent aussi certains des loyers les plus élevés de France après Paris. Selon l'Observatoire des Loyers des Alpes-Maritimes, le loyer médian varie de 14,6 euros à 18,2 euros le mètre carré hors charges selon les quartiers, dans une ville classée en zone tendue où la demande locative ne faiblit pas.

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Airbnb et meublés touristiques au cœur des tensions

À mesure que les touristes affluent, les nuisances et les prix s’envolent aussi. Si l’économie locale profite d’une fréquentation record, un sentiment de mise à l’écart grandit chez de nombreux résidents à l’année, qui voient leur ville se transformer en décor pour visiteurs de passage.

Au cœur de la polémique, les locations de courte durée. Un baromètre national, le « Touriscore », classe Nice en catégorie E (comme Paris ou Cannes), la plus mauvaise note, signe d'une pression touristique « très forte ». Exemple frappant : 17,1% des logements du centre-ville sont des meublés touristiques, contre seulement 4% dans le reste de la commune, selon cette même étude.

Résultat : les petits logements, prisés par les étudiants ou les jeunes actifs, sont aussi ceux qui basculent le plus facilement vers la location saisonnière, plus rémunératrice l’été qu’une location à l’année.

Habitants contre mairie, deux visions pour Nice

Cette situation est dénoncée par plusieurs collectifs écologistes et citoyens. Une pétition « Stop au surtourisme ! Exigeons une ligne rouge » a été lancée au printemps. Objectif : dénoncer toute politique qui amplifie le phénomène, réclamer un encadrement plus strict des meublés de tourisme et limiter le trafic à l’aéroport à 15 millions de voyageurs par an, soit grosso modo le niveau atteint en 2025, une année record. Derrière cette mobilisation, la volonté pour les habitants de continuer à pouvoir vivre et se loger dans leur propre ville, plutôt que de devoir renoncer aux bords de la Méditerranée.

Cette pétition a‑t‑elle été entendue par le nouveau maire de Nice, Éric Ciotti ? Pas vraiment. La ligne politique de l’élu UDR, allié du Rassemblement national, est plutôt à plus de souplesse en matière de tourisme. Lors d’une soirée organisée par Atout France, il a encore présenté Nice comme « un phare du tourisme français et international », assumant pleinement le rôle de vitrine méditerranéenne. Objectif pour l’édile : assouplir les règles votées sous le mandat de son prédécesseur, Christian Estrosi, en faisant passer de 90 à 120 jours la durée de location des résidences principales, en portant de trois à cinq ans les autorisations temporaires et en relevant les quotas de meublés touristiques dans plusieurs quartiers, jusqu’à +20% dans le Vieux‑Nice. Le plan a provoqué l’ire de l’opposition de gauche, qui dénonce un projet « taillé sur mesure pour Airbnb ».

Nouvelle illustration des tensions qui traversent aujourd'hui Nice, tiraillée entre développement touristique et vie quotidienne de ses habitants. Pour les investisseurs, la ville reste un marché très dynamique, avec un loyer moyen autour de 20 à 22 euros le mètre carré et des prix de vente en hausse de plus de 20% en cinq ans. Des niveaux qui, eux, n'ont rien de réjouissant pour une partie des Niçois à l'année.

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