Les annonces n’ont pas fait que des heureux. Si le gouvernement, par la voix de son ministre du logement, Vincent Jeanbrun, a présenté une série de mesures face aux vagues de chaleur, rien ne dit qu’il ait entièrement convaincu. Le « plan endurance » se veut la preuve de la mobilisation de l’appareil d’État face aux canicules, de plus en plus précoces et intenses. Objectif affiché : accélérer l’adaptation des logements aux fortes chaleurs alors que « Un peu plus d'un logement sur trois s'apparente à une bouilloire thermique », a reconnu lui‑même le ministre.
Concrètement, l’exécutif actionne surtout des leviers fiscaux et des aides aux travaux. La TVA sur les pompes à chaleur air‑air réversibles doit être abaissée à 5,5%. Volets, stores, brise‑soleil et brasseurs d’air sont mieux financés via MaPrimeRénov’ lorsqu’ils s’inscrivent dans des rénovations d’ampleur. En copropriété, les travaux d’adaptation seraient plus faciles à voter, avec la possibilité de recourir à un emprunt collectif. Dans le parc social et le neuf, l’exécutif promet un recensement des logements vulnérables, une RE2020 revue sur le confort d’été et un développement des réseaux de froid urbains.
« Des mesurettes cosmétiques » dénoncent les acteurs du logement
Pas assez, tancent plusieurs associations. La Fondation pour le logement parle même de « mesurettes cosmétiques », a déclaré Manuel Domergue, directeur des études, au lendemain des annonces de Jeanbrun. La Fondation reconnaît que certaines mesures vont « dans le bon sens », mais déplore un plan qui, à ses yeux, ne change pas la donne pour les ménages les plus exposés.
Autre critique récurrente de la part d’associations : le plan repose surtout sur des aides et des incitations pour les ménages qui peuvent déjà engager des travaux. Plusieurs ONG et experts du logement plaident, eux, pour que l’État prenne davantage en charge l’adaptation du parc face à la crise climatique. Ils réclament notamment que les travaux d’adaptation aux vagues de chaleur soient systématiquement associés aux rénovations énergétiques et mieux encadrés par la loi. Le plan « endurance » est perçu comme un premier pas, mais loin du « virage » réclamé par les spécialistes du logement et du climat.
Des chiffres qui donnent la mesure de l’urgence
L’urgence est d’autant plus palpable que la France enchaîne les journées historiquement chaudes. Le bilan de l’été 2025 est lui aussi édifiant : plus de 5 700 décès ont été attribués à l’exposition de la population à la chaleur, soit plus de 3% de la mortalité toutes causes confondues, selon Santé publique France.
Les quartiers populaires sont en première ligne de ce dérèglement climatique. Revenus faibles, santé fragile, forte proportion de locataires, peu de végétation, voirie très minérale, petites surfaces qui chauffent vite : tous les ingrédients sont réunis pour un cocktail funeste. Les magistrats de la rue Cambon appelaient déjà, dans un rapport en 2024, à définir une stratégie d’adaptation claire en lien avec les collectivités, plutôt que d’empiler des dispositifs techniques sans vision d’ensemble.
Si le plan endurance est une réponse gouvernementale face aux vagues de chaleur, les associations de défense du droit au logement veulent aller beaucoup plus loin. En jeu : la santé, mais aussi la justice sociale. Reste à savoir, dans un contexte budgétaire contraint, si une refonte plus en profondeur est possible. De son côté, la Fondation pour le logement appelle à « rénover en urgence » les logements les plus exposés avant même de viser des rénovations globales « performantes », longues à monter et coûteuses.





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