Bouilloires thermiques : quand la chaleur transforme le mal‑logement

Une nouvelle forme de précarité énergétique s’installe, surtout dans les quartiers populaires.
Une nouvelle forme de précarité énergétique s’installe, surtout dans les quartiers populaires.
Czapp Árpád Pexels

23 heures, ce lundi soir dans la banlieue de Lyon. La température n’est pas redescendue et affiche encore 30 °C. Un petit T3 au cœur d’un quartier populaire. Entre les tours HLM pas un arbre à l’horizon. Les fenêtres sont grandes ouvertes, le ventilateur tourne à plein régime. Rien n’y fait : l’air ne bouge pas. Pire, il stagne et donne l’impression de vivre dans une bouilloire.

Le mot est à la mode. Une mode dont on se serait bien passée. Pendant longtemps, on a surtout parlé des passoires, ces logements difficiles à chauffer sans en voir les conséquences sur la facture d’électricité à la fin du mois. La catégorie des « bouilloires thermiques » a fait irruption dans le vocabulaire.

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Elle désigne ces appartements et ces maisons qui se transforment en fournaise dès que le thermomètre grimpe. Ce mois de juin vient le rappeler plus que jamais. Selon le baromètre du Médiateur de l’énergie repris par la Fondation pour le logement, 49% des Français déclaraient avoir souffert de la chaleur dans leur logement en 2025, soit près d’un sur deux, en hausse de sept points en un an. La proportion grimperait à 64% chez les bénéficiaires du chèque énergie.

Des logements pensés pour le froid…

Mauvaise isolation des murs, manque de ventilation, absence de protections solaires, peu de végétation : le cocktail est fatal pour les habitants de ces logements. C’est l’héritage d’années de construction où l’ennemi à combattre était le froid, pas la chaleur. À l’époque, les canicules étaient perçues comme des épisodes ponctuels, pas comme des rendez‑vous estivaux presque annuels.

Un logement sur deux pourrait aujourd’hui être considéré comme une véritable « bouilloire » indique la fondation pour le logement. Les conséquences, elles, sont très concrètes : nuits blanches, fatigue, aggravation de maladies chroniques, risques accrus pour les personnes âgées ou les nourrissons.

Et, sauf changement de paradigme à l’échelle mondiale, la tendance ne devrait pas s’inverser. Le réchauffement climatique multiplierait les épisodes caniculaires : des vagues de chaleur plus tôt, plus fortes, plus longues. D’ici 2050, Météo‑France anticipe cinq fois plus de jours de vague de chaleur que dans les années 90, avec une douzaine de nuits chaudes par an en moyenne, et jusqu’à une centaine sur le littoral méditerranéen.

La chaleur, nouvelle fracture territoriale

Le hic, c’est que la surchauffe n’est pas, et ne sera pas, la même partout. En première ligne : les quartiers populaires et les ménages les plus précaires. Selon le baromètre de l’Anru (l’Agence nationale pour la rénovation urbaine) réalisé en 2024, 59% des habitants des quartiers prioritaires déclarent avoir souffert de la chaleur dans leur logement l’été, contre 43% dans le reste de la France.

Grands ensembles mal isolés, fenêtres sans volets, peu d’espaces verts, forte minéralisation : la qualité du bâtiment est au centre des enjeux. Le décor ressemble dans tous les cas à un mauvais scénario lorsque les températures grimpent. Ce sont aussi les quartiers où les loyers restent les plus bas, donc où les habitants disposent de moins de moyens pour financer des travaux lourds.

Les associations appellent à une adaptation massive des logements : isolation, protections solaires, végétalisation, prise en compte systématique du confort d’été dans les rénovations. Elles jugent insuffisant le « plan endurance » présenté par le gouvernement.

Une donne à prendre en compte dans les prochains jours, les prochains mois, voire les prochaines années, alors que la chaleur est de plus en plus mal vécue en France, comme ailleurs en Europe.

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