Sobriété foncière : les villes préparent-elles vraiment demain ?

Logements, eau, inondations : les autorités environnementales alertent sur des plans parfois fondés sur des données dépassées.
Vue aérienne de Bordeaux
Czapp Árpád Pexels

« Les efforts de sobriété foncière ne sont pas au rendez-vous dans la majorité des documents étudiés. » Le constat est sévère. Mais le rapport relève aussi des progrès : certains territoires densifient, limitent leurs extensions ou adaptent leurs projets aux risques climatiques.

La synthèse annuelle 2025 de la Conférence des autorités environnementales tire les enseignements des avis rendus sur les projets et les plans d'aménagement. Derrière ces dossiers techniques se joue une question concrète : faut-il encore ouvrir un champ à la construction quand des logements restent vides, que la population n'augmente pas toujours et que l'eau pourrait manquer demain ?
 

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Des logements prévus pour qui ?

Immeuble France
Serinus Pexels

Prévoir de nouveaux logements, oui. Mais combien, et pour qui ? Pour répondre, les collectivités s'appuient sur leurs prévisions de population. Problème : certaines voient trop grand. Le rapport pointe « des scénarios démographiques trop ambitieux », qui gonflent les besoins de logements et les surfaces réservées à la construction. Au bout de la chaîne, des projets sont programmés alors que les tendances récentes ne justifient pas la croissance attendue.

Dans le même temps, des logements restent vides. Par exemple, dans le Grand Est, l'Insee en comptait 273 000 en 2020, près d'un sur dix. Certains nécessitent des travaux, d'autres se trouvent là où la demande est faible. Mais avant de prévoir de nouveaux quartiers, les autorités demandent de mieux examiner ce qui pourrait être rénové ou remis en usage, à commencer par les centres villes.

Le climat change, les plans tardent

Inondation dans un village
Helena Jankovičová Kováčová Pexels

Un quartier construit aujourd'hui sera encore là dans trente ans. Mais aura-t-on assez d'eau pour ses habitants ? Les maisons seront-elles à l'abri des inondations ? « La prise en compte des risques naturels est bien appréhendée le plus souvent même si certaines données ne sont pas toujours bien actualisées », pointe le rapport. En Normandie, sur un même territoire, des plans de prévention des inondations pourtant récents, approuvés entre 2020 et 2022, reposent sur des hypothèses de montée de la mer inférieures aux dernières prévisions du Giec local.

Des terrains restent pourtant promis à la construction alors qu'ils sont exposés aux inondations ou à la montée de la mer. Dans le bassin de Thau, autour de Sète, le rapport constate que « ces choix d'urbanisation n'ont pas été requestionnés » en tenant compte des effets attendus du changement climatique.

Reste l'eau. Accueillir habitants, commerces et entreprises suppose de pouvoir les alimenter lorsque la ressource diminue. Cette vérification reste peu fréquente dans les documents étudiés, alors que la France doit se préparer à un réchauffement de +2,7 °C en 2050 et de +4 °C à la fin du siècle.

Des outils déjà en place

Le rapport ne s'arrête pas aux faiblesses. Tout n'est pas noir. À La Baule-Guérande, l'objectif est de réduire de 10 % la consommation d'eau par habitant d'ici 2030. À Woignarue, dans la Somme, un projet prévoit de déplacer le camping face au recul du littoral. « Les progrès sont réels et de vrais résultats possibles », notent les autorités.

Au Havre, la métropole a étudié ce qu'elle pouvait encore faire dans les quartiers et zones d'activité existants avant de prévoir de nouvelles constructions.

Construire sans s'étendre

Village France
Clément Proust Pexels

Huit logements à l'hectare : c'est le minimum prévu dans les bourgs ruraux d'un plan étudié en Saône-et-Loire. L'autorité environnementale en recommande treize à quinze. Plus de ménages peuvent alors être accueillis sur une même surface, sans aller chercher plus loin les terres agricoles ou naturelles.

Dans la communauté de communes Adour Madiran, dans les Pyrénées, les terrains à bâtir sont ouverts par tranches. Pas question de passer à la suivante tant que 60 % de la précédente n'est pas construite. Avant de promettre de nouvelles parcelles, il faut d'abord remplir celles qui sont déjà ouvertes. Le rapport y voit « un outil efficace et opérationnel pour agir en faveur de la sobriété foncière ».

Rénover, densifier, ouvrir les terrains par étapes : l'idée n'est pas d'arrêter de construire. Mais de tenir compte des contraintes (l'eau et les risques naturels). La bonne nouvelle : les outils existent. La mauvaise : ils ne sont pas encore utilisés partout.

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