À Marseille, la municipalité poursuit son offensive. Après les locations touristiques, les logements vides sont à leur tour dans son viseur. Le 16 octobre, le conseil municipal a voté une hausse de la taxe sur la vacance des locaux d’habitation, applicable dès 2027. Pour les propriétaires, le message est clair : louer, vendre ou payer davantage. De quoi redonner de l’air au marché immobilier local ?
Une facture nettement alourdie
Côté chiffres : dès le 1er janvier, la taxe sur les logements vacants passera de 17 à 30 % la première année d’imposition, puis de 34 à 60 % les suivantes. Elle sera calculée sur la valeur locative fixée par le fisc. La deuxième ville de France s’aligne sur les taux votés à Paris en juillet.
Dans la cité phocéenne, la mairie estime entre 14 000 et 16 000 le nombre de logements privés vides depuis plus de deux ans. Elle évoque par ailleurs 56 000 ménages en attente d’un logement social.
« La vacance n’est pas une fatalité : j’espère que le produit de cette taxe viendra rapidement se tarir à mesure de la remise en location de ces logements », défend Audrey Garino, adjointe au logement.
Des travaux, mais avec quel argent ?
Passées les annonces, la question de la réhabilitation des appartements vides se pose. La vacance de ces logements n’est en rien synonyme de mise à disposition sur le marché de la location. Encore faut-il qu’ils soient en état d’être loués. Des travaux parfois obligatoires, donc, mais avec quel argent ?
« Ce doublement du taux double aussi l’enjeu des travaux que le petit propriétaire n’aura pas les moyens de faire », indique pour sa part Samuel Benhamou, élu d’opposition (UDR), qui conteste la mesure. « On ne remplit pas un logement en vidant le portefeuille de son propriétaire. »
Face aux critiques de l’opposition, Benoît Payan, le maire de la capitale des Bouches-du-Rhône, a répondu : « Oui, nous ne laisserons pas les multipropriétaires qui font de la culbute et de l’optimisation fiscale sur le dos des Marseillais. »
Le ministère du Logement le reconnaît lui-même. Sur la page de son plan national de lutte contre les logements vacants, lancé en 2020, il l’écrit noir sur blanc : « La première cause de vacance durable est le besoin en travaux ».
Une prime de 2 000 à 12 000 euros
Marseille annonce de son côté un accompagnement. Au programme : diagnostics, aide au montage des dossiers et aux travaux. « Une prime est d’ailleurs prévue en cas de sortie de vacance de longue durée ou de travaux de réhabilitation », a indiqué Audrey Garino lors du conseil municipal du 16 octobre. Son montant : de 2 000 à 12 000 euros.
L’accompagnement locatif, comprendre celui des propriétaires réticents à mettre leur bien sur le marché, n’est pas laissé de côté. L’élue a mis en avant en séance un programme de 1,15 million d’euros pour développer l’intermédiation locative, qui fait intervenir un organisme tiers dans la location.
La Ville compte aussi sur cette taxe pour remplir ses caisses. Elle table sur 20 millions d’euros par an, dont 6 à 9 millions grâce à la hausse. Mais l’argent ira au budget général. L’élue assure qu’il soutiendra l’action municipale en faveur du logement, sans affectation garantie.
Une taxe ? Pour quel résultat ?
Reste à savoir si ça marche. Et sur ce plan, la Cour des comptes est sceptique. Les magistrats de la rue Cambon ont examiné la question dans un rapport publié en mai 2025, et ce qu’il en ressort, c’est que les dispositifs existants, « notamment les taxes sur les logements vacants, montrent leurs limites ». Les situations dépendent aussi bien de l’état des biens que des choix ou des contraintes de leurs propriétaires. « L’outil fiscal ne saurait à lui seul répondre à des enjeux différenciés selon les territoires », souligne l’institution.
Elle pointe également une mobilisation des pouvoirs publics encore insuffisante, « faute de moyens adaptés et de coordination efficace avec les collectivités locales ».
Marseille taxe donc. Quelles retombées pour la cité phocéenne ? En pleine crise du logement, la deuxième ville de France veut accélérer. Objectif affiché : remettre les logements vides entre les mains des Marseillais.





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