Pour certains, la rentrée est faite, les cartables ont repris le chemin de l’école. Pour d’autres, l’été s’est achevé sans toit. Dans la nuit du 18 au 19 août, au moins 2 355 enfants n’ont trouvé aucune solution d’hébergement après l’appel de leurs parents, selon le baromètre de l’Unicef France et de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Parmi eux, 514 avaient moins de trois ans.
L’urgence, chaque soir
Le fruit d’« un échec collectif », selon Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France. Un chiffre qui ne fait qu’augmenter : + 9 % en un an, + 42 % depuis 2022. Triste paradoxe, c’est cette année-là que le gouvernement promettait « zéro enfant à la rue ». Des chiffres en deçà de la réalité : échappent au décompte les familles qui n’arrivent pas à joindre le numéro, celles qui n’appellent plus, celles qui tiennent tant bien que mal chez des proches, dans un squat, un bidonville ou une voiture.
Ainsi, l’urgence ne se limite plus aux vagues de froid. Elle revient soir après soir, au gré des ruptures : une prise en charge qui s’arrête, un hébergement chez un proche qui touche à sa fin. Et il faut à nouveau trouver où faire dormir les enfants.
À l’hôtel, faute de sortie
Quand le 115 décroche une place, la galère ne s’arrête pas pour autant. Elle déménage, souvent à l’hôtel. La même nuit, au moins 26 863 enfants y dormaient avec leurs parents, selon l’Unicef et la FAS.
Pensé pour dépanner quelques nuits, l'hôtel est devenu une adresse. En Île-de-France, près de 24 000 enfants y vivent, les séjours durent en moyenne trois ans et demi, selon le Samusocial de Paris. Pendant ce temps, les places restent occupées, les demandes s’accumulent, et le 115 continue de faire le tri.
Le privé, trop cher pour entrer
Le parc privé ? Censé prendre le relais, il ferme la porte à une partie des familles. Dans les grandes villes, où le logement manque, les loyers dépassent les budgets les plus serrés et les propriétaires retiennent les dossiers les plus solides. Une fin de bail, une séparation, une expulsion, un entourage à bout : il n’en faut pas plus pour basculer.
L’indice de référence des loyers, qui encadre la révision des baux en cours, a progressé de 1,15 % sur un an au deuxième trimestre, indique l’Insee. La hausse est moins rapide qu’au plus fort de l’inflation, mais elle est bien là. Et un loyer peut grimper lentement tout en restant hors de portée.
Le social, trop peu et trop cher
Reste le logement social, l’amortisseur par excellence. Sur le papier. La France compte 5,4 millions de logements locatifs sociaux, près d’une résidence principale sur six. Mais le parc n’a progressé que de 0,5 % en 2024 : 71 300 logements mis en location pour la première fois, 18 100 démolis, 10 900 vendus.
Surtout, l’offre ne colle pas aux demandeurs. Plus de six candidats sur dix ont des revenus inférieurs aux plafonds du PLAI, le logement très social, selon le Haut Comité pour le droit au logement. Ces logements aux loyers les plus bas ? 8 % du parc HLM. Et même dans le social, près de 60 % des loyers dépassent le plafond pris en compte pour les APL. Les ménages les plus pauvres attendent les logements les plus rares.
Le gouvernement mise sur les sorties
« Aucun enfant ne doit dormir à la rue », assurait en novembre 2025 à l'Assemblée la ministre de la Santé et des Familles, Stéphanie Rist. Pour y parvenir, l'État mise sur son plan Logement d'abord 2023-2027. Il prévoit de maintenir 203 000 places d'hébergement, un engagement fragile : selon la FAS et l'Unicef, le parc recule depuis 2025. Mais surtout, il veut faire entrer les personnes sans domicile dans le parc social ou le privé accompagné.
D’ici 2027, le cap est fixé : 145 000 attributions de logements sociaux à des ménages sans domicile, 30 000 places supplémentaires en intermédiation locative, 10 000 en pensions de famille. Sur les attributions, le rythme est tenu : près de 29 600 en 2024, plus de 31 800 en 2025, selon la Dihal. Mais les 2 355 enfants restés dehors le rappellent : les sorties ne suffisent pas, pour l’heure, à tarir les entrées.
À l’approche de la présidentielle, l’Unicef et la FAS réclament 10 000 places d’hébergement supplémentaires, mais surtout la production de 200 000 logements sociaux par an, dont 60 000 très sociaux. Ouvrir des chambres, oui. Produire des logements abordables : surtout. Prochain test : l’hiver.




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