Pour Amandine, Parisienne de 47 ans, l’été 2026 ne laisse pas un bon souvenir. Bloquée par son travail dans la capitale en juillet, elle a dû, comme beaucoup d’autres, subir les vagues de chaleur. « Je n’ai pas de volets occultants sur une partie de mon appartement. Alors, dès que j’ai pu, j’ai quitté Paris pour quelques jours », raconte-t-elle. « Je suis partie dans des endroits boisés, au nord de Paris. Perdre quatre ou cinq degrés, c’était vital. »
Un cas isolé ? Pas vraiment. Entre recherche de fraîcheur, besoin de verdure et nuits où le thermomètre dépasse facilement les 21 °C, beaucoup ont passé l’été à chercher comment tenir.
Partir, oui. Mais pour aller où ?
Du jamais-vu. L’été 2026 a compté 53 jours de vague de chaleur, répartis en trois épisodes. Un record, selon Météo-France. Nuits étouffantes, appartements transformés en sauna, manque d’ombre. De là à quitter définitivement la métropole ?
Guillaume Faburel a sa réponse. Ou plutôt une carte. Dans « Où habiter ? », paru le 10 septembre aux Éditions Tana, le géographe et professeur à l’université Lyon 2 imagine, avec plusieurs de ses collègues, dont Isabelle Brokman, avec qui il signe le livre, une France moins concentrée autour des grandes villes.
Sur France Culture, le mois dernier, il estimait qu’« on ne va pas pouvoir faire autrement que de déménager le territoire ». Pas question de vider Paris, Lyon ou Marseille. Son idée est plutôt de mieux répartir habitants, activités et décisions entre les grandes villes, les bourgs et les campagnes.
Ni refuge, ni eldorado
Massif central, collines du Poitou, de Bretagne et de Normandie, Morvan, Pyrénées, Préalpes et Alpes : sept zones sont mises en avant par Guillaume Faburel et le mouvement post-urbain.
Pour les choisir, ils ont regardé une trentaine de critères : le climat, l’eau, les forêts, les logements vides, l’accès à la terre, le prix du foncier ou la possibilité de travailler sur place.
Un guide pour fuir la ville ? « Ce ne sont pas des zones de refuge. Ce ne sont pas des eldorado », prévenait le géographe sur France Culture.
Vivre avec moins, autrement
Il ne s’agit pas de déplacer des millions de citadins vers des villages. Faburel imagine davantage de nourriture produite près de chez soi, des artisans, des services de santé, des écoles, des maisons vides rénovées. Bref, des endroits où l’on peut vivre sans dépendre de la ville voisine pour tout.
Si les départs existent, ils restent limités. En 2023, 8,8% des Français ont déménagé, contre 10,8% dix ans plus tôt, selon l’Insee.
Paris, Lyon, Lille… les grandes villes voient partir plus d’habitants qu’elles n’en accueillent. Dans la capitale, l’écart atteint 10,2 habitants pour 1 000 en 2023. Les campagnes proches des villes, elles, attirent davantage : elles gagnent 6,9 habitants pour 1 000.
Pas le grand exode. Beaucoup cherchent surtout une maison, un jardin et un peu de fraîcheur, sans renoncer au travail, à l’école, au médecin ou à la gare.
Le risque de refaire la ville ailleurs
Quitter la ville peut aussi conduire à l’étaler. On part à la campagne, mais tout près. Et on y vit comme avant : une maison neuve, plusieurs voitures, des kilomètres pour travailler ou faire les courses.
Faburel en a conscience. Ces territoires, prévient-il, peuvent très bien être urbanisés « si on ne sait pas se dépouiller des modes de vie très métropolitains ». Le SUV, la piscine chauffée, la 5G. Les mêmes réflexes, 40 kilomètres plus loin.
Et le béton dans tout ça ? En 2024, 15 119 hectares de terres agricoles, naturelles et forestières ont été consommés pour construire ou aménager en France, selon le Cerema. Le niveau le plus bas jamais mesuré, mais encore loin des objectifs de la loi Climat et résilience.
Le bourg plutôt que le pavillon
C’est sans doute le sens de la carte de Faburel. Pas une invitation à acheter une maison dans n’importe quel village. Mais à réinvestir des bourgs qui ont déjà des logements vides, une école, des commerces, des services et des activités.
Quitter les métropoles ? Pas forcément. Mais, dans un pays qui chauffe, les petites villes et les campagnes pourraient devenir plus attractives. À une condition : ne pas les transformer en banlieues plus lointaines.





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