Trouver un appartement. Faire accepter son dossier. Payer le loyer, le crédit, les charges. Neuf Français sur dix (91 %) pensent qu'il est devenu plus difficile de se loger qu'il y a dix ans, selon une étude Discurv pour l'assureur Leocare publiée le 8 septembre. Et un tiers (+5 points en un an) peinent à payer loyer, emprunt immobilier ou charges, d'après le baromètre Ipsos pour le Secours populaire.
RN : passe-droit national
Dimanche, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), la candidate du Rassemblement national a placé le logement au centre de son discours de rentrée, autour de trois axes : « libérer la construction, valoriser le parc existant, encourager et protéger la propriété ».
Terrains publics mis gratuitement à disposition des constructeurs en échange de logements à loyers modérés, bureaux vacants transformés en appartements, vente d'une partie des HLM à leurs occupants… Mais le marqueur le plus fort est ailleurs. Pour obtenir un HLM, les Français passeraient devant. Les aides personnelles au logement (APL), elles, leur seraient réservées. « Un droit naturel et juste », selon elle. Et les « familles délinquantes » seraient expulsées des logements sociaux.
La loi SRU, qui impose à certaines communes 20 à 25 % de logements sociaux, serait abrogée « purement et simplement ». Le diagnostic de performance énergétique (DPE) ne serait plus qu'indicatif : fini les interdictions de louer les passoires thermiques. MaPrimeRénov' laisserait place à « 100 % Rénov' », un prêt à taux zéro.
Reste une question : est-ce applicable ? Abroger la loi SRU ou modifier les règles du DPE, oui, avec une majorité au Parlement. Donner la priorité aux Français, beaucoup moins simple : le principe d'égalité et le droit européen se dressent sur la route. Il faudrait probablement réviser la Constitution.
À gauche, encadrer et protéger
Chez LFI, pas de détour : il faut contenir les prix et remettre de l'État dans le jeu. Pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, la politique actuelle « appauvrit le plus grand nombre ». Au menu : encadrement des loyers partout, 200 000 logements publics par an, interdiction des expulsions sans relogement.
Sur les passoires, LFI a qualifié en juin de « cadeau aux multipropriétaires » le projet de loi « Relance logement » du ministre Vincent Jeanbrun, qui prévoit de repousser jusqu'à cinq ans l'obligation de rénover les logements loués.
Marine Tondelier, elle aussi, refuse que les locataires paient le prix des logements mal isolés. Les Écologistes veulent tenir le calendrier d'interdiction de location des logements classés F puis E, sauf pour les petits propriétaires qui s'engagent à baisser leur loyer de 30 % et à faire les travaux sous deux ans. « Je souhaite que les loyers soient très encadrés », plaidait-elle fin avril à propos des passoires remises en location.
Raphaël Glucksmann, lui, veut accélérer la construction de logements sociaux en relevant les objectifs nationaux, et défend l'encadrement des loyers pour les ménages modestes.
Même logique au PS : un tiers de logements sociaux dans les constructions neuves.
Centre et droite : construire plutôt que contraindre
Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Retailleau partent d'une autre conviction : à force de règles, on a fini par ne plus construire assez.
Attal veut « donner la main aux maires » sur l'attribution des nouveaux logements sociaux, intégrer une part de logements intermédiaires dans les quotas de la loi SRU et « revoir les DPE ».
Au Havre, Philippe n'a pas voulu de l'encadrement des loyers. Et il jugeait dès 2023 qu'interdire la location des passoires serait « une folie ».
Retailleau, lui, coupe plus franchement : fin de l'encadrement des loyers et des quotas de logements sociaux, statut du bailleur privé, neutralisation du DPE. Il promet un million de logements supplémentaires en cinq ans, anciens remis sur le marché compris.
L'addition se fait attendre
Au fond, la bataille se jouera sur trois dossiers : la loi SRU, le DPE, l'encadrement des loyers. Ce dernier expire d'ailleurs en novembre, et sa prolongation arrive au Sénat à partir du 21 octobre.
Qui sortira la calculette ? Car foncier, HLM, prêts à taux zéro, travaux : tout cela a un coût. Pour l'instant, les promesses sont là. L'addition, elle, se fait attendre.





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