Sargasses : ces maisons que plus personne ne veut acheter

En Guadeloupe comme en Martinique, les algues font chuter les prix. Mais les propriétaires n'ont aucun filet face à la décote.
Sargasse, Plage Diamant, Martinique
Patrice78500 Wikimedia commons

Le décor, à première vue, paraît idyllique. La mer d'un côté. Les terrasses de l'autre. Seul le bruit des vagues vient briser la quiétude de l'endroit. En Guadeloupe et en Martinique, le front de mer a longtemps fait monter les prix. Mais derrière la carte postale, il y a les sargasses. Un cauchemar pour les habitants.
 

Une vue qui fait fuir

Sargasse, Guadeloupe
Jeff Hirsch Wikimedia commons

L'histoire se répète. Celle de ces petites algues brunes qui s'entassent sur le sable et pourrissent sous le soleil des Caraïbes, en dégageant une odeur forte et persistante. « … ces algues émettent un gaz à l'odeur d'œuf pourri », rappelait le 15 septembre sur RCI le préfet de Guadeloupe, Thierry Devimeux. « Au-delà de la gêne, nous devons évaluer son impact sur la santé humaine. »

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Résultat : dans les alentours, les fenêtres restent fermées, les terrasses sont délaissées, les climatiseurs rongés. En bout de chaîne, c'est l'immobilier qui en pâtit. Difficile de vendre une maison quand son principal atout se transforme un repoussoir.

Dans un rapport d'information déposé à l'Assemblée nationale le 30 mai 2024 par le député Nicolas Sansu, les acteurs locaux interrogés évoquent une baisse des prix d'au moins 25 % dans les zones de Guadeloupe et de Martinique les plus exposées aux sargasses. De quoi renforcer la méfiance des candidats à l'achat.

La justice protège l'acheteur

Palais de Justice France
Berta Ferrer Unplash

Depuis 2022, les sargasses peuvent aussi devenir une affaire de justice. Le 15 juin de cette année-là, la Cour de cassation a donné raison à l'acheteuse d'une maison en Martinique. Celle-ci reprochait à la vendeuse de lui avoir menti, à plusieurs reprises, sur la présence des algues. Les juges ont estimé que les échouements de sargasses, bien que phénomène naturel extérieur au bien, pouvaient constituer un vice caché.

Toutes les maisons sont-elles concernées ? Non. Mais cela fixe un cadre clair. Le vendeur ne peut pas faire l'impasse sur un problème qu'il connaît, au risque de voir la vente contestée. Un signal, donc : les algues peuvent aussi faire capoter une vente, ou la remettre en cause après la signature.

Le vendeur pris au piège

Dire la vérité, c'est donc risquer de voir l'acheteur partir ou devoir baisser le prix. Se taire, c'est s'exposer à un recours après la vente.

Pour le propriétaire, la marge de manœuvre est mince. Le gouvernement l'a tranché dès 2018 : les sargasses ne relèvent pas du régime des catastrophes naturelles. Et qui dit pas de Cat Nat dit pas d'indemnisation pour les dégâts causés par les algues.

Quant à la perte de valeur d'une maison, aucun dispositif ne la prend en charge. Le rapport de 2024 recommandait pourtant d'établir un cadre d'indemnisation incluant la dépréciation des biens immobiliers.

Des barrages, mais pas de miracle

banc assemblée nationale
Eyden Lascombes dhotel Pexels

Face aux arrivages, l'État et les collectivités tentent de limiter la casse. Pour dévier les algues et éviter qu'elles ne s'accumulent, des barrages flottants ont été installés. Au printemps 2025, la préfecture en recensait 5 000 mètres en Guadeloupe, notamment entre Baie-Mahault et Petit-Bourg et à Terre-de-Haut. Mais ces dispositifs ne résistent ni à tous les courants, ni à toutes les côtes.

« Éviter que les algues s'échouent est complexe. Cela fonctionne à Petit-Bourg, mais pas à Terre-de-Bas ou aux Saintes où les courants arrachent les barrages », reconnaissait Thierry Devimeux. «  Il faut sans arrêt expérimenter, réajuster et adapter nos actions. »

Un troisième plan Sargasses est toujours en préparation. Interpellée à l'Assemblée nationale le 19 mai, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a annoncé qu'il reposerait sur six piliers : « la prévention, la collecte en mer, le ramassage, le stockage, la valorisation et la question sanitaire ». Pas un mot, à ce stade, sur le prix des maisons du littoral ni sur les propriétaires coincés avec un bien devenu difficile à revendre.

Entre le rêve et la réalité, les sargasses ont installé une forme de cauchemar. Un jour sans fin qui fait chuter la valeur du bord de mer.

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