Rénover les logements, mieux les isoler, construire des bâtiments moins polluants. Alléchant, non ? Vient ensuite la question de l’argent : quel budget, pour quel résultat ? C’est ce qu’interroge Écologie & Solutions, un think tank tout juste lancé. Favorable à l’innovation et à l’entrepreneuriat, il entend nourrir le débat sur la transition écologique.
Dans son premier rapport, « Décarboner plus, dépenser moins », publié le 1er octobre, il pose une question : les moyens engagés dans le logement vont-ils aux actions les plus efficaces ? Son analyse bouscule trois piliers des politiques du logement : MaPrimeRénov’, le DPE et la RE2020.
L’isolation dans le viseur
La première critique porte sur MaPrimeRénov’. « Ce programme a abouti en pratique à des baisses assez modestes de consommation pour un investissement particulièrement conséquent », écrivent les auteurs. L’économiste Christian Gollier et François-Xavier Oliveau s’appuient sur une étude de l’Insee concernant des travaux d’isolation aidés par MaPrimeRénov’ ou les certificats d’économies d’énergie.
Leur reproche : avoir favorisé le nombre de logements rénovés plutôt que les résultats des travaux. Chiffres à l’appui, ils retiennent, pour les logements chauffés au gaz, une dépense moyenne de 13 700 euros et un gain annuel d’environ 200 kg de CO₂. Selon leur calcul, le coût atteint 1 800 euros par tonne de CO₂ évitée. Pour les logements chauffés à l’électricité, peu carbonée dans leurs hypothèses, il grimpe à 9 900 euros.
Rénover mieux plutôt que moins
« Le principal défaut de MaPrimeRénov’ n’est pas d’avoir subventionné des travaux inutiles, mais d’avoir longtemps privilégié la quantité de logements “touchés” plutôt que la performance énergétique globale des logements rénovés », nuancent-ils.
Ils reconnaissent aussi que les budgets ont été réorientés vers des rénovations d’ampleur. Dans leur exemple d’un logement de 100 m² classé G et chauffé au fioul, un chantier de 55 000 euros combinant isolation et pompe à chaleur affiche un coût de 270 euros par tonne de CO₂ évitée : bien moins que les travaux isolés étudiés. Leur conclusion reste tranchée : supprimer MaPrimeRénov’ et le remplacer par des aides ciblées sur des projets à l’impact démontré, évalués avant et après travaux.
Tout n’est donc pas à jeter dans la rénovation. Les auteurs soulignent d’ailleurs ses autres bénéfices : confort, réduction de l’humidité, salubrité et amélioration de la valeur du logement. Autant de gains à prendre en compte pour évaluer l’intérêt des travaux.
Le DPE et les interdictions de louer remis en question
Autre dispositif : le diagnostic de performance énergétique, le fameux DPE. Les auteurs jugent ses calculs trop théoriques, mais souhaitent le conserver comme outil d’information. Alors proposent-ils de tester la manière dont un logement conserve la chaleur pour mesurer son isolation réelle.
Autre sujet abordé : les restrictions locatives. En métropole, depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont considérés comme non décents et ne peuvent plus être mis en location. La règle vaut pour les nouveaux baux, leur renouvellement ou leur reconduction tacite. Elle doit s’étendre aux logements F en 2028, puis E en 2034.
Ces interdictions « doivent être largement interrogées », estime le think tank. Selon ses auteurs, le seul bénéfice carbone ne suffit pas à les justifier, notamment pour les logements chauffés à l’électricité. Le document ne remet toutefois pas en cause l’exclusion des logements insalubres ou indécents du marché locatif.
La construction neuve aussi concernée
Enfin, la RE2020, qui impose aux bâtiments neufs de consommer moins d’énergie, d’émettre moins de CO₂ et de mieux résister aux fortes chaleurs, fait partie de la critique. Construire moins polluant a aussi un prix : environ 480 euros par tonne de CO₂ évitée, selon un chiffrage repris par les auteurs. Ils proposent de revoir les règles pour privilégier celles qui réduisent le plus les émissions au moindre coût.
Leur préférence va notamment aux pompes à chaleur. Remplacer une chaudière au fioul existante coûterait environ 90 euros par tonne de CO₂ évitée, selon leurs calculs. Ils proposent d’en équiper massivement les logements, avec un système de location permettant aux ménages de financer l’installation grâce aux économies de chauffage.
La recherche d’efficacité guide ce premier rapport de 72 pages. Dans un rapport distinct publié le 7 octobre, la Cour des comptes appelle également à mieux dépenser, tout en prévenant que reporter les investissements nécessaires à la transition alourdirait la facture. Reste à voir si les propositions d’Écologie & Solutions trouveront un écho.





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